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samedi 10, juin, 2000
  • Présents: Tristan Bastit,Jacques Carelman,Thieri Foulc, Olivier O. Olivier (de 12 à 14H), Jack Vanarsky, Brian Reffin Smith

Il Triunfo dell'illusione, installation anamorphique de Gianni et Stella Miglietta dans l'église de la Mission à Mondovi, est présenté par JV. Il s'agit de quatre oeuvres anamorphiques qui jouent avec la coupole d'Andrea Pozzo dont elles proposent à la fois des échos, des reflets, des décompositions-recompositions et finalement une occasion de la regarder. Le jésuite Andrea Pozzo (1642-1709) est le maître des perspectives vertigineuses peintes en trompe-l'oeil, assez savant pour affirmer qu'en ses voûtes l'apparence distordue «n'est pas un défaut mais un éloge de l'art».

La Révélation du vide est apportée par OOO, qui en offre un exemplaire numéroté à chacun. Le Vide a donc désormais une forme, rectangulaire, et un visage, celui d'un aristocrate espagnol barbu du XVIIe siècle portraituré par Velázquez. Il porte ce visage par quartiers, sur les côtés de son rectangle, et à l'envers. Le tout résulte d'un déchirement diagonal avec retournement et translations.

La Veuve Monnier, qui apparaît ensuite, n'est ni un triomphe de l'illusion ni - au départ, du moins, - une révélation du vide. Ce n'est pas non plus le produit de la Fabrique de veuves d'Alphonse Allais. C'est une excellente et pleine bouteille de champagne apportée par OOO pour excuser son retard.

Les chefs-d'oeuvre du musée du Louvre son constitués d'une quinzaine de peintures envoyées par Philippe Mouchez. Le Tricheur à l'as de carreau, le Boeuf écorché, le Radeau de la Méduse et d'autres fournissent leurs formes, leur lumière et leurs composition à de nouvelles oeuvres figurant de tout autres sujets et traitées délibérément dans le style d'autres peintres. L’intérêt des oupeinpiens s’éveille quand ThF suppose que, au moins dans certains cas, c’est un autre tableau du Louvre qui émerge ainsi des linéaments d’un de ses confrères.


bruitsDans une Fontaine aux Roses désertée de ses habitués qui semblent avoir massivement rejoint leur demeure de l’autre côté de l’avenue, les oupeinpiens évoquent le rôle des douanes et leurs interventions sur les œuvres d’arst encore peu formalisées. Les diverses opérations de taxation, entreposage à durée calculée, détérioration ou destruction par voie réglementaire sont envisagées dans le cadre des Mille Colonnes. Alphonse Allais, la Nuit Cent Peintres, les bonnes résolutions, Georges (rue du Mail) et les Inuits alimentent aussi le temps d’alimentation. u Marcel Duchamp oupeinpiste – «Chercher un Readymade qui pèse un poids choisi à l’&vance, déterminer d’abord un poids pour chaque année et forcer tous l»z Readymade d’une mùeme année à être du même poids». (Note de la Boîte Verte, n°172)

¤ Ressemblance. La relation Peintre fait Portrait d'aprèschantiers Modèle (cf. Séances n° 198) a été explorée un peu plus différents termes. Ainsi Peintre peut n'être pas humain ni armé de peinture : par exemple, une pierre dévalant une colline. Portrait sera la ligne déchiquetée qu'elle inscrit dans le sol ou, plus abstraitement, dans l'espace. Modèle se révèle alors : c'est le destin d'un homme, déchiqueté comme cette ligne (portrait très ressemblant). Ces modèles abstraits (TB évoque aussi le courage d'Hector et la tendresse du bifteck - oui, la tendresse) n'empêchent évidemment pas le Portrait de rester portrait, c'est-à-dire ressemblant, c'est-à-dire « figuratif «. À une question tendancieuse cherchant à lui faire dire que ces Modèles n'en sontoultre par TB Celui-ci a étendu la gamme des spécifications pour ces pas mais relèvent de la catégorie de l'expression, du contenu spirituel, émotionnel, subjectivo-bracadabresque, TB rétorque qu'il ne s'intéresse pas au contenu intrinsèque de ses propositions mais cherche uniquement à fournir des exemples pour remplir l'abaque mis au point récemment. C'est ici que fuse l'idée nouvelle.

¤ Potentialiser les intentions. - L'idée fuse par l'intervention de BRS, dont les préoccupations propres apportent du neuf aux ratiocinations habituelles de l'Oupeinpo. À vrai dire, l'idée fuse lentement. Une longue discussion sur l'art zombi, les systèmes experts, les machines autoéduquées, conduit à dégager des pratiques artistiques la notion d'intention, de politique au sens le plus large (choisir ses objectifs). BRS définit l'art zombi comme un art sans objectifs, sans conception de sa propre vocation, sans décisions, sans même un système aléatoire (un programme d'architecture dessinée par ordinateur aurait été conçu ainsi, pour voir) ; l'art zombi n'est même pas rapprochable de l'écriture automatique des surréalistes dans la mesure où il ne suppose aucun inconscient dirigeant ses activités. Mais BRS s'intéresse justement à ce que ne peut pas faire le programme d'architecture auto-éduquée, à ce qui ne peut pas être codé. Et c'est là qu'en véritable oupeinpien il pose la bonne question : une fois qu'on a codé tout le codable et isolé l'irréductible, RESTERONS-NOUS DANS LE MYSTÈRE ? Réponse unanime : NON ! ! !
Alors se dessine une voie nouvelle pour l'Oupeinpo. ThF rappelle le récit fait par François Le Lionnais vingt ans plus tôt, lorsque fut établi le Tableau des Mille Colonnes. FLL évoquait ce que l'Oulipo a nommé la Table de Quenéiev. En listant les éléments constitutifs de la chose littéraire, Queneau avait d'abord relevé des éléments formels : lettre, syllabe, mot, phrase, paragraphe. C'est sur ces éléments qu'étaient supposés porter les opérations oulipiennes. Puis on s'était aperçu qu'il fallait relever aussi des éléments d'ordre sémantique : personnages, objets, évènements, sentiments, lieu, durée. Sur la recommandation de FLL, le Tableau des Mille Colonnes intègre ce type d'éléments, en les transposant dans le pein. Il intègre même, c'est sa dernière ligne, les rapports du tableau avec ce qui n'est pas lui. Décision est prise de ne pas se contenter d'une formulation si large et de faire un sort aux intentions (du commanditaire, de l'artiste, voire du spectateur). Cela revient à ajouter un troisième étage à la Table de Quenéiev. Cela revient aussi à reconsidérer le propos même de l'Oupeinpo et, en principe, des autres ouvroirs. En se donnant comme but l'invention de dispositifs ou de méthodes purement formels, volontiers mathématiques, l'Oupeinpo entend décrasser le pein de tout ce qui obnubile la grande masse des consommateurs d'arts divers, à savoir le « message «, le « contenu « et les différents types d'» engagement « qu'une oeuvre est susceptible de recéler ou de déceler. Cette capacité décapante est précisément ce que cultivent les ou-x-piens. La réintégration des intentions dans le champ des interventions oupeinpiennes pourrait passer pour une marche arrière. Il n'en est rien, bien sûr. L'Oupeinpo ne se place pas dans la situation du naïf gobeur d'intentions. Au contraire, en ajoutant pour elles un étage au Tableau des Mille Colonnes, il les intègre au vaste chantier des manipulations oupeinpiennes.


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Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Thieri Foulc