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Samedi 01, avril, 2000
  • Présents : Tristan Bastit, Thieri Foulc, Jacques Carelman, Olivier O Olivier, Brian Reffin Smith, Jack Vanarsky.
  • Invités : Hélène Lassalle


L'Oupeinpo bénéficie d'un non-lieu : A l'ordre du jour de la réunion figurait la préparation d'une séance publique à laquelle nous avait conviée notre amie Hélène Lassalle. Comme, selon nos habitudes, ce bulletin vous arrivera très en retard (ce dont, comme d'habitude, nous nous excusons humblement - tout en vous priant de vous acquitter sans retard de votre contribution en timbres), nous sommes maintenant en mesure de vous présenter le compte-rendu de la manifestation prévue pour le 4 juin 2000. Celle-cipour des raisons technico-administratives, a du être annulée. Ainsi donc, ThF n'a pas fait une brève introduction éclairante sur l'Oupeinpo; à sa suite, TB, ThF et OOO n'ont pas présenté le procédé émouvant des "Déchirements"*, illustré de nombreux exemples; TB n'a pas réalisé des "Évanouissements"*; BRS n'a pas expliqué ses "extramorphoses"; JV n'a pas donné lecture du texte et montré les lamellisations de "La bête en moi"* ni fait une démonstration du digrapheur. JC n'a pas présenté sa "Peinture au quart de tour"* (* déjà où bientôt publiés dans la Bibliothèque oupeinpienne) ni exécuté un portrait onomométrique de notre hôtesse. Le public, peu nombreux, mais sélect, n'ayant pas été invité, était absent et n'a donc pas manifesté son approbation devant nos travaux.
Le succès de ce non-événement nous incite à répéter le plus souvent possible ce type d'action. D'ores et déjà, nous pouvons vous annoncer que l'exposition conjointe avec l'Oulipo et l'Oubapo à la bibliothèque Aragon de Choisy-le-Roi n'aura pas lieu en octobre 2000 (mais risque d'advenir plus tard). De même l'exposition envisagée dans une prestigieuse salle de Saragosse.
Mais, malgré tous nos efforts et ceux de nos amis, un accident peut se produire.Déjà les travaux de l'Oupeinpo sont installés dans la Collégiale Saint-André de Chartres dans le cadre des manifestations de la Désoccultation du Collège de 'Pataphysique (exposition du 7juillet au 28 août, sauf démontage prématuré). Et nous nous excusons à l'avance auprès de nos lecteurs si, à l'occasion du 20e anniversaire de l'Oupeinpo, en 2001, l'une ou l'autre des manifestations publiques prévisibles avait finalement lieu. Nous comptons sur eux pour ne pas écouter nos exposés ni regarder nos oeuvres et nos publications, qui leur seront proposées à un prix déraisonnable.


Voici la jaquette originale que recevrons
ceux de nos amis à jour de leur envoi de timbres



Pour les chercheurs: les archives de notre chère oupeinpienne Aline Gagnaire sont désormais déposées à l'Imec.

La lecture du quatrième numéro de la revue Formules inspire à ThF un certain nombre de réflexions. Formules traite de la littérature à contrainte mais, l'Oupeinpo ayant aussi la contrainte pour mode de production, il peut tirer bénéfice des questions que soulève la lecture de la publication. ThF rappelle la valeur décapante que la notion de contrainte représentait, au début des années 60, quand elle avait été formulée par Raymond Queneau et François Le Lionnais, par rapport à l'"automatisme" de l'écriture surréaliste, à l'art "à message", etc. La reconnaissance acquise maintenant par l'oeuvre de Queneau, de Perec et d'autres oulipiens ne risque-t-elle pas de générer une production, plus ou moins talentueuse, de suiveurs dont le recours à la contrainte ne serait qu'une ressource mécanique? Les développements de Formules laissent entrevoir cette double perspective de support de la créativité et de glissade vers l'académisme. ThF propose de réfléchir aux réflexions que le reflet de ces questions réveille dans l'Oupeinpo.TB abonde sur ces propos et signale la pente conventionnelle où pousse le titre même de Formules et met en évidence le contraste entre la fabrication d'oeuvres à partir de la contrainte et l'idée de contrainte en tant que création de nouveaux outils. Métaphorique, il oppose la manière traditionnelle de planter un clou et les avantages de le faire avec un clou tordu,"pour atteindre autre chose". Il faut, dit-il, aller au bout du plongeoir, non pas pour regarder comme du haut d'un belvédère, mais pour se jeter à l'eau.

JC renchérit et propose d'ouvrir un chantier de réflexion qui amènerait, selon TB, à un 2e Manifeste de l'Oupeinpo ou, en tout cas, pour JC, à une prise de position. Celà stimulé par la perspective du 20e anniversaire de notre glorieuse institution.

Interrogé, BRS se retranche dans sa condition de nouvel arrivant, mais développe des idées de TB, par un processus de rebondissement où on "pique" des concepts provenant d'un champ quelconque et où on les applique, même avec impertinence, à un autre champ, etc. (commentaire de BS: Merde! Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit, sorry!)

Quant à JV, il se retranche dans une position d'écoute et dit, lui aussi! qu'il réfléchit. Il approuve, tout de même, en termes généraux, mais se méfie un peu de l'idée qu'il faut se mettre à réfléchir, parce qu'il se dit qu'il faudrait réfléchir tout le temps.
Ils sont tous d'accord pour envisager une sorte de petit séminaire..



Nous recevons notre amie Hélène Lassalle. Elle succède à Danielle Giraudy, appelée à d'autres fonctions, à la direction des services de conservation du Louvre. Danielle Giraudy nous avait déjà introduit dans les arcanes de la restauration et ses problèmes (voir séances n°183). Hélène Lassalle nous explique l'entreprise de monographies de l'Ecole du Louvre, menée par des étudiants qui interviewent des artistes et constituent avec eux des boîtes conservant des échantillons des matières et des matériaux caractéristiques de leur travail. Celà formera une collection servant à la compréhension et à la restauration future de leur oeuvre. La restauration des oeuvres contemporaines pose des questions particulières. Certaines utilisent des produits industriels - tels que lampes, moteurs, ballons gonflables...- qui sont naturellement périssables et dont la fabrication est abandonnée. Faut-il remonter la chaîne industrielle? Trouver des équivalences? Ne plus remplacer? Une autre question est celle, bien connue, des oeuvres anciennes. La Cène de Léonard fut souvent restaurée, et celà très tôt. En effaçant, par souci d'authenticité, les premières restaurations, a priori très fidèles à l'original, on efface les dernières références à une oeuvre dès l'origine fragile et dont très peu perdure.

La digitale, dans la main du docteur Gachet du portrait de Van Gogh, est aujourd'hui verte. Or on a découvert, grâce à des copies à l'aquarelle commandées à l'époque par Gachet pour ses archives, que la digitale était rouge, peinte à l'èosine, que la lumière a fait disparaître.
On voit les perspectives abyssales ouvertes à l'historien oupeinpien: cette rumeur sur l'oreille coupée de Van Gogh, par exemple, justifiée par un autoportrait portant un bandeau blanc; ne faut-il pas croire, plutôt, que l'artiste a brossé une oreille et un maxillaire roses, dont la composante rouge à base d'éosine se serait effacée?
D'un autre côté, puisque la restauration vise à retrouver l'oeuvre d'origine et que l'on sait, depuis Duchamp, que le regardeur fait l'oeuvre, ne faut-il pas retrouver le regardeur d'origine, vierge de tout ce qui s'est passé depuis, et donc, former des petits univers clos, dont les habitants vivraient à des époques historiques précises, capables eux d'apprécier comme il faut les oeuvres du passé? Ils formeraient des trous noirs, dont aucune énergie ne s'échapperait, puisque toute communication avec notre monde actuel pervertirait leur regard sur l'oeuvre et, donc, l'oeuvre elle même... Tâche ardue!


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Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Jack Vanarsky