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samedi 18 décembre 1999
  • Présents : Tristan Bastit, Thieri Foulc, Jacques Carelman, Jack Vanarsky, Olivier O. Olivier.


JC présente Fra Angelico, dissemblance et figuration de Georges Didi-Huberman. Texte pas très facile, nous assure-t-il. La ressemblance est vue sur un plan métaphysique et religieux. Dans un passage du livre, l'auteur remarque qu'au couvent San Marco il y a une fresque où le Christ est peint avec deux pieds droits. Il se demande si c'est une erreur, ou bien si cela est destiné à montrer qu'Il n'est pas un homme. JV se pose la question de savoir si l'auteur ne se force pas de temps en temps la main. Les taches abstraites que l'on trouve chez Fra Angelico ne relèvent-elles pas d'une vision contemporaine ? Pour ThF, le peintre qui peint une matière de marbre doit sentir dans l'ivresse le pouvoir de la peinture, c'est de la peinture abstraite qu'il exécute. L'auteur parle de la ressemblance à Dieu, tellement inatteignable que l'on se trompe toujours. Pour TB, autrefois, c'était l'image de l'humain (idéal) qui fournissait l'image la moins dégradée de Dieu. Aujourd'hui, la seule chose qui ressemble à Dieu, c'est la toile blanche.

¤ Pour la première fois un calendrier quasi annuel fixe les dates des prochaines séances de l'Oupeinpo, même s'il semble évident qu'elles pourront changer par la suite.

¤ Rappel: la décision a été prise, et est en cours d'exécution, de réaliser une chemise destinée à relier les séances de l'année, offerte exclusivement à nos correspondants ayant eu l'amitié de nous adresser des timbres pour l'année 1999, ce qui ne les dispense pas de le faire pour l'année suivante !

ThF a apporté les exemplaires de tête, destinés aux oupeinpistes, du livre d'Alastair Brotchie, Oulipo Compendium. Même si le livre, très complet sur l'Oulipo l'est moins sur l'Oupeinpo, il n'existe rien d'équivalent sur le sujet.

ThF montre un livre joliment fait, envoyé par Stanley Chapman, qui, s'il n'est pas génial sur le fond, montre quelques documents intéressants sur les jeux visuels : Album of visual delights.

ThF invite l'honorable assemblée à réfléchir à cette proposition : Faire une fois par an une rubrique régulière de 4 ou 5 pages retraçant l'évolution des travaux de l'Oupeinpo pour la proposer à la revue du Collège de 'Pataphysique.



JC, de retour de Bruxelles, ouvre les agapes avec un porte-clefs léonardesque «Monna Lisa», en relief, à lui remis par un restaurateur italo-bruxellois. Il en offre à chacun un exemplaire. Ne quittant pas la capitale belge, la conversation se prend à rouler sur l'exposition James Ensor. Nous soulignons la beauté de bien des toiles, et glissons rapidement sur quelques-unes des dernières exécutées par le Maître.
Après quelques digressions (admiratives) au sujet du musée de Bruxelles, le problème de la restauration (des peintures) est abordé par les uns enthousiastes, les autres dubitatifs, notamment en ce qui concerne la chapelle Sixtine. ThF nous rappelle la méthode italienne consistant à peindre en hachures invisibles de loin les parties restaurées. Il en vient à envisager une méthode oupeinpienne consistant à attaquer l'église par derrière. À ce moment, JV remet un peu d'ordre dans les propos et suggère l'idée d'un vin d'honneur qui célébrerait la fondation de l'Oupeinpo. Résolution est donc prise, sur la proposition de JV, de célébrer le 22 janvier 2000 le 19e anniversaire de la fondation-réanimation de l'Oupeinpo, qui eut lieu le 12 décembre 1980.



ThF donne des nouvelles de ses travaux. Il estime que son écriture devient moins explicite, l'expression plus rapide, moins développée. « Plus picturale !» s'exclame TB



TB présente une première réflexion sur la ressemblance mesurée à l'aune de la logique floue. De ce point de vue, la ressemblance n'est plus décidée par oui ou par non à travers la recherche des identités entre un référé et son référent. Au contraire, elle s'envisage comme la variable de profits & pertes qui rend compte du rapprochement ou de l'éloignement des portraits et de leur modèle. En conséquence de quoi tout sujet pris comme référé a un rapport de ressemblance avec n'importe quel autre pris comme référent. Par rapport à l'éléphant, la bicyclette est moins ressemblante que l'autobus, mais cette bicyclette elle-même augmentera sa ressemblance à l'éléphant si on lui ajoute une trompe, voire acoustique. TB montre alors à l'Oupeinpo comment, prenant pour référent l'estampe du Père Ubu d'Alfred Jarry et pour cobaye une oeuvre quelconque, il peut non pas la rendre ressemblante, ce qui, dit-il, n'aurait aucun intérêt, mais augmenter ou diminuer sa ressemblance.



A cette fin il a élaboré une matrice orthogonale croisant les éléments de l'oeuvre, tel que définis au Tableau des Mille Colonnes, avec les opérations d'augmentation ou de diminution de ressemblance. Il dévoile alors pour l'assemblée, «en première montre», trois résultats obtenus par l'application de la matrice à trois cas de figure. Le premier gère la ressemblance à soi-même (rendre un Père Ubu «+ Père Ubu» ou «-- Père Ubu»); les deux autres, l'exploitation de la matrice pour une intervention sur l'existant & pour une création originale. Le lecteur prendra la mesure de la puissance oupeinpienne de cette matrice au vu des oeuvres potentielles qu'elle détermine à chacune de ses cases.

JV apporte des photographies de profils de lui-même, lamellisés et conformés selon les profils d'animaux de Charles Le Brun. Il nous lit La bête en moi, traité de physionomie par la méditation. «À jouer avec les pixels, conclut-il, on n'atteint sans doute pas son corps, mais son âme. Ici, je risque ma tête».
Applaudissements.


Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Olivier O. Olivier