195

Jeudi 23 Septembre 1999
  • Présents : Tristan Bastit, Thieri Foulc,
    Jacques Carelman, Olivier O. Olivier, Jacques Vanarsky.
  • Invité : Christian Zeimert, artiste calembourgeois.


L'ouverture de la séance est aussi celle des courriers. Celui de notre ami berlino-berruyer Brian Reffin Smith,  invité à se joindre à nous aujourd'hui mais resté, bien à regret,  bloqué outre-Rhin  (donc, partie remise);ceux des uns et des autres, matérialisant leurs encouragements  par l'envoi massifs de vignettes postales. Bien mieux, Bernard Cassaigne nous propose d'invoquer ses langues de phénicoptères cuisinées quand nous passerons les nôtres sur ses timbres (qu'il joint), avant de les coller.
C'est une enveloppe justement que présente TB. Dernier avatar de ses recherches sur le déchirage et reprise au bond d'une proposition de OOO (voir la Crucifixion de saint Pierre, séance n°185), il tente d'y exploiter le pliage de l'enveloppe postale classique comme structure oupeinpienne de ré-assemblage.  C'est un premier brouillon, une notation d'atelier des richesses latentes du modèle. Sous les confusions d'une multiplicité de pistes divergentes l'Oupeinpo discerne là une contrainte d'assemblage inédite.


Structure de l'enveloppe

OOO présente ses paysages à horizons courbes dont certains étaient tout récemment exposés à Pékin. L'idée de départ était d'organiser des paysages sur un horizon circulaire. Quelques essais utilisant le cercle strict lui prouvent que des effets de «drapeau japonais» vite lassants sont en ce cas inévitables. Il appelle alors à son secours des formes ovales ouvertes «qui domptent l'oeil». Il affronte ensuite le paysage urbain, qui  pose, lui, le problème des verticales rayonnantes. Il le résout en gardant, par groupes, les verticales parallèles. «C'est de l'art, ce qui est intéressant c'est de tricher !» dit-il. Il nous promet des peintures à l'huile dans cette série.
La parole est à notre invité Christian Zeimert  qui nous brosse allègrement le tableau de son parcourt d'artiste calembourgeois. De la calembourgmania familiale qui en fonde la culture, il passe à l'installation du système calembourgeois en peinture. C'est bien de cette contrainte de transformation de textes en images que l'Oupeinpo apprécie tout particulièrement l'interêt.
L'avancement du numéro des séances sur la manifestation au tipi de Beaubourg, sa sortie imminente, provoquent mises aux points et recommandations des uns et des autres. La consigne est donnée de préserver la cohérence de propos qui était aussi celle de la prestation oupeinpienne.



Servies pour l'apéritif, les toutes fraîches publications des éditions Au Crayon qui tue sont accueillies avec d'autant plus de gourmandise que la présence des auteurs suggère les dédicaces. ThF appose ce supplément manuscrit à ses Tableaux noirs, TB aux Évanouissements de L. V. Gogh, tandis que le Je suis le point de fuite de Jean Dewasne reste au blanc du deuil. Après la personnalisation des dédicaces, sont successivement invités à notre table, les costumes de l'Opéra (vendus ce jour), les retards de paiements (de l'administration) & Erick Satie promeneur de patronage «accroché par son talent d'Achille».



Projets éditoriaux de l'Oupeinpo - La nécessité de centrer le travail de l'Oupeinpo sur un thème annuel et d'en publier les actes anime les esprits depuis quelques séances déjà. On attaque donc l'après-midi par un dernier tour de table. Un accord est acquis : le travail de l'année de l'Oupeinpo sera consacré à la ressemblance. Il devra aboutir à une publication ou à une manifestation publique. ThF attaque donc le sujet par sa face éditoriale : quel type de publiction envisageons-nous ?
Il y a, dit-il, deux options : creuser le théorique en restant à un certain niveau d'abstraction ou partir d'oeuvres oupeinpiennes réalisées auxquelles on apporte des éclaircissements. TB fait remarquer qu'il y a une tradition dans l'Oupeinpo, celle de se soumettre à des contraintes contraintes par des tableaux, de publier des résultats qui manifestent une méthode clairement oupeinpienne. ThF ramène fermement à la question très concrète de l'objectif de publication. «De facto il induit et oriente le type de réflexions à faire dans l'année. Pour pouvoir travailler il faut se donner l'objectif d'abord». JC, soulipertignement : «Il faut aboutir à des résultats concrêts, trouver qqch de nouveau.» TB propose une publication en forme de «nouveaux aperçus sur la ressemblance.........»  dépendante de ce que les oupeinpistes auront fait, c'est-à-dire clairement orientée vers des méthodes et des exemples plus que vers des réflexions théoriquese. Reste à ouvrer.

La ressemblance du point de vue de l'Oupeinpo :
le modèle immanent

En attendant elles attaquent illico, les réflexions! Avec ThF à qui ce changement de point de vue révèle la pertinence nouvelle d'un texte de R. Queneau sur les cailloux anthropomorphes : si nous trouvons que des cailloux ressemblent à des hommes alors nous sommes peut-être les cailloux de quelqu'un. C'est un peu ce qu'évoquent les photos de pierres de Hans Hartung ; des divinités archaïques prêtes à accoucher des humains (TB). Si Roger Caillois, à propos de météorites qui, sectionnées, présentent des dessins de paysages, remarque que ce sont des images figuratives d'origine extraterrestre (JV), les oupeinpistes, eux, notent la particularité locale dans le concept de figuration. De l'image achéropoète on saute à pieds joints dans l'éthernel et les grands plats : fromage ou dessert ... image de dieu ou ressemblance. D'abord, quand il dit «à son image» ça ne veut pas dire que c'est ressemblant ! dénigre TB, & JC ose les vraies interrogations : «Qu'est ce que c'est que des choses qui ressemblent à Dieu ?». Sous le débat du théo-anthropomorphisme se niche celui de l'indiciblilité et de la croyance aux mots. ThF expose l'alternative rabbinique : soit le Dieu parle, écoute, sent, juge, a de la colère et nécessairement il a une bouche, des oneilles, etc, ce qui a permis à un célèbre traité rabbinique, le Chiour Komah, de fournir les mesures de la Stature divine, y  compris la longueur de la Barbe et celle du Sexe de Dieu. Dans une telle option, les mots ont un sens, on ne plaisante pas avec l'écriture, et Dieu immanent intervient dans le monde. Soit Dieu n'a ni Barbe, ni Jugement, ni Volonté, nous sommes simplement contraints d'utiliser nos pauvres mots zumains afin de n'être pas réduits au silence devant un Dieu qui ne ressemble à rien (et donc n'intéresse pas l'Oupeinpo cette année). Comme JC, apparemment rallié à la première option, envisage de réaliser immédiatement le portrait de Dieu, JV objecte que si Dieu nous a fait à son image, nous pouvons tous prétendre en être la suprême ressemblance.

Le surcroît de réalité
Ce propos de la suprême ressemblance évoque pour JC  l'effet saisissant obtenu par la projection de diapositives de visages modernes sur ceux de la statuaire grecque. Problème préoccupant, pour  ThF, que cette recherche constante du surcroît d'effet de réalité. Comme si l'effort constant de considération, de distanciation, de symbolisation se contrebalançait d'une pulsion récurrente à «en rajouter» sur les preuves véristes. Ainsi des innombrables oeuvres complémentées de poils & cheveux, d'habits, de parures & même d'organes. Peut-être les premières «Vénus» gravettiennes étaient-elles «habillées», suggère TB. JC se souvient d'un espagnol christ en bois polychrome donc l'effet de surcroît de réalité va jusqu'à l'incorporation d'un coeur en chair de chameau momifiée. «C'est peut-être la quête du vivant» propose TB, qui constate que tous les artistes sont un jour ou l'autre piégés à prétendre qu'ils «cherchent le vivant». «Jean Dewasne ne fait pas du vivant», rétorque JC. Pas du tout ! (suit un débat sur l'imaginaire du vivant en action dans l'imaginaire du peignant). Il y a quelque chose de démiurgique dans le fait de vouloir faire de l'art, truisme TB!

Encore Marcel !
À ce point JC relance sur ces feux l'huile du paradoxe et conteste que le créateur fasse la moindre création, puisque tous les ingrédients étaient déjà là ! Comme ThF le rappelle, la philosophie a résolu ces problèmes depuis Platon. Reste que cet éculé débat sur la création rejaillit pour l'Oupeinpo en celui de la ressemblance de la création à la création.

TB montre que la création suppose que le regardeur y voie quelque chose qui ressemble à de la création. L'amateur voit un accroissement lors du passage de la masse d'argile à la sculpture, au contraire, un ver de terre dans l'argile ne verra aucune différence entre la boule de départ et le modelage final. À ce point il ne peut qu'évoquer Marcel Duchamp.
Revenant sur le procès de Brancusi contre la douane US comme sur les ready-made, il montre que l'artiste reste maître de définir,  pour ce qui le concerne, à quoi doit ressembler la création, et ce faisant à quoi ressemble sa création. S'il ne «fabrique» rien, le Ready-made crée bien un Marcel Duchamp. Pour preuve, lorsqu'un contestataire brisa l'Urinal du musée de Nîmes, il fut bien accusé & condamné pour la destruction d'un Marcel Duchamp. Bien plus, conclut TB, si je me présente chez Jacob Delafon pour acheter un Marcel Duchamp je serai à coup sùr pris pour un fou. Et que dire de la maison d'articles sanitaires qui viendrait me proposer (pour un prix modeste) quelque Marcel Duchamp. ça ne ressemblerait à rien !


Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur  pour ce numéro : Tristan Bastit