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vendredi 10 septembre 1999
  • Présents : Tristan Bastit, Jacques Carelman,
    Thieri Foulc, Olivier O. Olivier, Jack Vanarsky.


LA SEANCE S'OUVRE PAR de nombreuses minutes de non-silence consacrées à Jean Dewasne, mort le 24 juillet précédent. La grande presse ne paraît pas avoir eu grand-chose à dire de notre ami. Entre ceux pour qui les deux Murales de la Grande Arche constituent quatre "projets" et ceux pour qui elles constituent quatre oeuvres réalisées, on ne peut dire que les critiques aient montré une réelle curiosité à l'égard de ces oeuvres qui, par leur conception et leur dimension, ne sont comparables à rien dans la peinture universelle. L'Oupeinpo est d'autant plus heureux d'avoir pu entendre JD en parler à mesure de leur réalisation (pour les deux de la jambe nord) ou de leur irréalisation (pour les deux de la jambe sud). Il est surtout heureux que JD ait élu l'une de ces Murales comme matière première du plus fameux de ses travaux oupeinpiens, le Lipopicte de la Grande Arche.

ThF résume les quelques mots qu'il lui a été donné de prononcer lors de la cérémonie funèbre, le 30 juillet, et qui rappelaient la façon dont la voix de Jean se faisait entendre à l'Oupeinpo, une voix qui ramenait toujours à l'essentiel.
JC rappelle qu'avant l'Oupeinpo il y eut un Ur-Oupeinpo et que JD en fit partie, en 1966. Il lit une communication faite par lui à cette époque, sur le théorème des Quatre Couleurs en cartographie. On donne ici, inédit en français, un des articles écrits par JD pour la partie Oupeinpo de l'Oulipo Compendium paru à Londres chez Atlas Press (1998) :

Perspective

Tracé unissant les parties horizontales aux parties verticales des objets et des édifices.
Les peintres l'utilisent afin de la combattre.
En musique, horizontal et vertical ne peuvent être dissociés. La musique s'avère une densité compacte de perspective(s).
La peinture sera définie comme une architecture musicale.
La sculpture serait une architecture sans perspective.
Dans les interstices de la perspective se glisse l'architecture.
le 3 juin 1995
J. Dewasne


UNE SONATE D'ALERTE retentit concernant la publication des Séances. Alors que plusieurs numéros sont prêts, d'autres, théoriquement antérieurs, se font attendre. Une session de rattrapage est organisée d'urgence. Et pour la fin de l'année, afin de gratifier les patients lecteurs qui auront supporté sans protester l'effective apériodicité de nos publications, on décide de créer, sinon une reliure mobile à la façon des éditeurs de fascicules périodiques, du moins une CHEMISE OUPEINPIENNE D'INSERTION dans laquelle les collectionneurs pourront insérer les feuillets volants des Séances. Celle-ci constituera une création oupeinpienne et sera offerte à tous ceux qui, par l'envoi de timbres, auront contribué à couvrir les frais des publications de l'année 1999.

AU COURRIER, INTéRESSANTE LETTRE
de John Livingstone, artiste néo-conceptuel et néo-zélandais, qui, fort d'une longue pratique à travers le monde, propose de créer un sous-groupe de travail : l'Ouvroir de Peinture de Trottoir Potentielle (Oupeintropo). On lui rédige une réponse encourageante, ma non troppo.

OLIVIER O. OLIVIER est officiellement installé comme membre de l'Oupeinpo.

DÉPLACEMENT DU POINT DE VUE : cette technique que l'Oupeinpo avait depuis longtemps imaginé d'appliquer aux Ménines de Velázquez a été, par l'Anglais Patrick Caulfield, appliquée à une autre oeuvre figurant un espace impossible : Les Demoiselles d'Avignon, qu'il montre " de dos ". Document fourni par Stanley Chapman. La description de la Bataille de San Romano par le petit lapin situé au point de fuite, selon Jean Dewasne, procède de la même opération.

" JE SUIS LE POINT DE FUITE " est précisément le titre, donné par l'éditeur d'après la première phrase du texte, de la plaquette de Jean Dewasne, qui décrit sous un jour entièrement neuf ladite Bataille de Paolo Uccello (panneau de Florence). Cette publication constitue le n° 3 de la Bibliothèque oupeinpienne.
Le n° 4 est consacré aux Évanouissements de L. V. Gogh, de TB, et le n° 5 aux Tableaux noirs de ThF. Celui-ci fait circuler des jeux d'épreuves tout frais du matin.
On peut se procurer ces plaquettes (illustrées en couleur) auprès de talus, 5, impasse du Talus, 75018 Paris, au prix de 90 F l'exemplaire ordinaire ou de 250 F l'exemplaire de tête (franco). Chèque à l'ordre de talus.



L'incurie des pouvoirs publics, le cynisme des diplomates, la cruauté des hommes (et des femmes), le dérèglement de la météo et des moeurs, le mépris envers les artistes (qui se font qualifier de "fournisseurs" par de vagues fonctionnaires) et envers les auteurs (qui se font "corriger" par des ignorants), bref, le ron-ron du train-train et la vie comme elle va, du Café du Commerce à la Fontaine aux Roses, plutôt tranquille et ensoleillée en ce vendredi de fin d'été exceptionnellement choisi comme propice à une séance de rentrée - mais l'Oupeinpo n'est jamais sorti - tout cela et l'appel de Rembrandt, celui des dessins de Matton et celui de la National Gallery de Londres, qui joue de la contrainte par bords a posteriori, tout cela, disons-nous, et bien d'autres choses dignes de mémoire et pourtant oubliées tintinnabulent dans le cliquetis des mandibules et des dents, tant d'ivoire que d'inox.


Aspect d'une carte postale à trois volets, produite par la National Gallery, Londres



LA COLONNE " RESSEMBLANCE " du Tableau, qui a déjà suscité des analyses (cf. Séance 189), est attaquée vigoureusement, à l'initiative de TB qui fixe des objectifs (une publication et une exposition sur ce thème dans un an) et de JV qui montre l'exemple en exhibant son propre profil photographique, lamellisé & animalisé à la ressemblance de modèles fournis par Charles Le Brun. Selon une doctrine désormais acquise, à la Ressemblance est immédiatement associée la Dissemblance. Dans un même élan, la Vraisemblance et l'Invraisemblance se joignent à leurs consoeurs (ou plutôt : commères), pour donner naissance à une supercolonne que JV baptise, avec un bonheur certain, semblance. ThF s'engage à fournir sur ce sujet une analyse de synthèse (sic). On récupère enfin, dans les archives de la séance du 1er mai, une méthode de lecture propre à la colonne Ressemblance (différente de la méthode simplifiante exposée dans le n° 179 des Séances). Sachant que chacun des éléments constitutifs de l'oeuvre à réaliser (chaque tête de ligne) peut ressembler à chaque élément constitutif d'une autre oeuvre ou non-oeuvre, il convient de doter le Tableau d'une excroissance vers la 3e dimension, pour y noter tous ces éléments sans sortir de la colonne :


On a figuré ici, sur la face visible de l'excroissance, les constituants d'une oeuvre. Sur la face invisible pourraient figurer les constituants de tout "modèle " qui ne serait pas une oeuvre. Une liste impossible à dresser, bien entendu, sauf à en bâtir une arbitraire, par simple souci pragmatique.


Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Thieri Foulc