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samedi 06 février 1999
  • Présents : Tristan Bastit, Jacques Carelman, Thieri Foulc,après-midi: Jack Vanarsky
  • Excusé: Jean Dewasne


oulipo compendium - Depuis la séance 185 du 7 novembre 1998, les oupeinpistes ont pris tout le temps d'apprécier le travail éditorial d'Alastair Brotchie. Ils attendent impatiemment leur exemplaire personnel dédicacé par Arcimboldo. On réitère le souhait unanime de publier en français les textes rédigés à cette occasion par les uns et les autres. ThF fait part de ses récentes correspondances avec Alastair Brotchie : les 26 & 27 March prochains, l'Oulipo Compendium sera présenté au public britannique lors d'un festival littéraire tenu à l'Institute for Contemporary Arts de Londres. Il y sera question de li, de rock et de lipogrammatic strip-tease, mais de pein, point.



BRUITS PRÉPRANDIAUX - JC, qui lit la grande presse, se fait l'écho d'importantes informations techniques et historiques distillées ces derniers temps à propos des Van Gogh du Docteur Gachet et des copies que ce dernier faisait exécuter - informations dont les abonnés des séances de l'Oupeinpo avaient eu la primeur grâce à Danièle Giraudy (séance 183 du 27 juin 1998).
BRUITS COMPRANDIAUX - A propos d'exécution, la conversation roule ensuite sur la guillotine considérée comme un des beaux- arts (oeuvre de xxx, citée par TB). JC brosse le portrait psychologique en pied de cet artiste de Tours dont le travail consiste à rembourrer les crânes fracassés et à rassembler les corps démembrés afin de rendre les cadavres présentables aux familles. Souci esthétique partagé, au dire de ThF, par bien d'autres artistes et dont il faillit lui-même être animé, à l'exemple et requête d'un de ses condisciples, du temps qu'il étudiait aux Beaux-Arts. JV, quant à lui, confesse s'être plutôt trouvé, du temps qu'il étudiait lui aussi aux Beaux-Arts, mais à Buenos-Ayres, de la tendance Théodore Géricault (école des membra disjecta). Le repas se poursuit à coups de veaux et vaches coupés en deux (yyy) avant que, par une dérivation dont la raison reste obscure, la tablée unanime ne se préoccupe de la réforme sociale. Débat complexe qui conduit à cette révélation : le quartier difficile de l'Estaque, dans la banlieue ouest de Marseille, n'a aucun avenir à moins d'être pris en charge par Paul Cézanne et Georges Braque.



TABLEAU DES 1000 COLONNES - Il s'agit de reprendre le tableau, laissé de côté depuis plus de six mois. On le reprend, en fait, là où il avait été abandonné, sans qu'on puisse affirmer qu'il n'y a pas là un effet de hasard. On s'attaque à la colonne Ressemblance, qui avait fait l'objet des trop brèves sollicitudes de l'Oupeinpo le 27 juin 1998 (séance 183). Cette fois-ci les choses sont prises par le bon bout, c'est-à-dire par la méditation de François Le Lionnais. Dans la Lipo (p. 296) celui-ci écrivait :
Ressemblance (= réflexivité + symétrie = équivalence -- transitivité). Je suis convaincu que cette relation est terriblement sous-exploitée et qu'elle a un grand avenir (non seulement pour l'Oulipo mais aussi pour l'Oupeinpo, l'Oumupo et plus généralement l'Ou-x-Po). La synonymie en est un cas particulier.

Pour les non-mathématiciens, précisons qu'une relation d'équivalence possède trois propriétés : la réflexivité (a = a), la symétrie ( si a = b, b = a), et la transitivité (si a = b et que b = c, alors a = c). La ressemblance rigoureusement définie ne possède que les deux premières. Il en résulte une conséquence déjà exprimée par ThF : toute ressemblance implique dissemblance. Autrement dit, la ressemblance entre deux objets a et b ne met en jeu qu'un certain nombre de traits caractéristiques de l'un et de l'autre. Si a ressemble à b, b à c, c à d, etc, il n'y a pratiquement aucune chance que z ressemble à a (cf. le jeu du téléphone). La succession de telles opérations définit un temps irréversible, comparable au temps physique marqué par l'entropie. Dès lors, les tâches de l'Oupeinpo apparaissent de façon lumineuse :

1) L'Oupeinpo a à imaginer et à mettre en oeuvre tous les modes possibles de ressemblance, la ressemblance entre l'oeuvre et un modèle (i.e. la Figuration) n'étant qu'un cas très particulier. Lorsque, dans ses Perversions, JV a donné à Isabelle d'Este le profil de Federico de Montefeltro et réciproquement, il a mis en oeuvre des ressemblances limitées à la forme de ces contours. Lorsque, dans son Portrait de Madame X, TB a extrait quelques traits structurels d'un système donné pour les importer dans une oeuvre à créer, il a également travaillé sur des ressemblances. Il s'agit de poursuivre. Mais d'abord se pose une question terminologique. Les ressemblances dans le Pein sont-elles nécessairement localisées, comme les exemples précédents, dans le domaine du visuel ? En un premier temps on décide de rester dans le visuel mais la question n'est pas close et il conviendra de mieux définir, pour l'usage opeinpien, la notion d'isomorphisme afin de la connecter à celle de ressemblance.
2) L'Oupeinpo a à s'occuper des éléments non pris en compte par une relation de ressemblance, de façon que la suite a ª b, b ª c, c ª d ... y ª z ne conduise pas à une pure déperdition, mais à une griserie du temps et à un regain de créativité (contrainte de résultat).

LA TRANSFORMATION DU BOULANGER - ThF soumet à la sagacité de l'assemblée une opération géométrique simple dite "transformation du boulanger", d'après Ilya Prigogine qui l'utilise comme exemple de système dynamique instable dans Les lois du chaos.
"Nous prenons un carré, nous l'étirons dans la direction horizontale par un facteur 2 et puis nous replaçons la partie de droite sur la partie de gauche (...) Quand nous répétons cette opération, nous obtenons une fragmentation de plus en plus grande le long de la coordonnée verticale (...) Deux points qui étaient très proches au début des transformations s'écartent exponentiellement et se trouveront dans le futur dans des régions différentes..."
"Les systèmes qui présentent une telle divergence exponentielle sont par définition des systèmes chaotiques (...). Après une évolution longue par rapport au temps de Lyapounoff 1/l la mémoire de l'état initial est perdue..."


Capable de rendre homogène n'importe quelle pâte à pain, une telle transformation ne saurait aboutir, si on l'appliquait à une peinture existante, qu'à un beau chaos gris. L'art, selon JC, consistera donc à arrêter l'évolution avant qu'elle ne devienne "longue" par rapport au temps de l'estimé Lyapounoff. Mais d'autres utilisations de la méthode sont à étudier. D'une part, devant un monochrome gris, la porte d'un local technique du métro par exemple, les formules fournies par Prigogine devraient permettre de calculer la probabilité que l'apparent aplat soit issu de la transformation, sur longue durée, d'un Rembrandt. D'autre part, et c'est là l'objectif essentiel, la transformation du boulanger doit être applicable à des structures non visuelles dont l'évolution chaotique pourrait avoir d'intéressantes conséquences visuelles. A SUIVRE...


Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Thieri Foulc