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séances des 9 et 26 Janvier 1999
  • Présents : Tristan Bastit, Jacques Carelman, Thieri Foulc, Jack Vanarsky
  • Excusé: Jean Dewasne


Cette chronique ne me dit rien qui vaille. Déjà, le retard pris à la rédiger à émoussé le souvenir des événements. De surcroît, ceux-ci se sont succédé en dépit des traditions. A l'heure où, normalement, l'OuPeinPo évacue les affaires courantes, nous avons bu. Quand nous nous consacrons, autour d'une table bien servie, à la pratique insouciante de la conversation, nous avons plongé, poussés par le calendrier et le devoir, dans des réflexions sur la contrainte que Dame Cassette, n'étant pas invitée, n'a pas pu enregistrer. Le moment de la sieste, qui est pour nous celui des élucubrations théorico-artistico-potentielles, fut au contraire celui de recevoir notre ami Milie von Bariter, pour les motifs éminemment pratiques que nous vous disons plus loin (mais pas dans le détail, pour les raisons tactiques que nous vous dirons aussi). Mais toi, lecteur, qui as envoyé tes timbres (et même toi, qui negliges de le faire et, peut-être, oublies même de nous lire), tu attends la venue périodique du facteur avec son lot de nouvelles des Séances et tu n'as rien à faire de mon indolence journalistique.
Sonnez donc trompettes, roulez tambours, voici la cent quatre-vingt-septième Séance de l'Oupeinpo!



Dame Cassette se souvient d'un bruit d'explosion, suivi du glou-glou d'une bouteille de champagne qui se déverse en grande partie sur une table de marbre et le restant sur quatre coupes, en l'honneur du 18e anniversaire de l'Oupeinpo. JD était présent par téléphone et AG dans le souvenir de tous. JD informa que le nombre d'années, non pas de notre institution, mais du calendrier grégorien - à savoir, 1999 ans - calculé en euros, donne 304 ans + 266 jours + 12h. ThF rappelle que, dans son discours de récipendiaire à l'Academie des Beaux-Arts, JD attribuait à l'Oupeinpo des tâches pour encore 300 ans. Nous comprenons qu'il parlait, déjà, en euros. TB affirme que, à ce moment, tout l'ART sera intégré dans les tables de classification oupeinpiennes... "même, dit ThF, Lorjou!"



La question de la contrainte est une nouvelle fois discutée, mais cette fois-ci, sous la contrainte des préparatifs de notre prestation au cours d'art plastique de l'université Paris-VIII à Saint-Denis. Nom de code : "Insémination de Saint-Denis". Il s'agit d'ajuster le point de vue oupeinpien. Cassette n'a pas écouté ce qui s'est dit de pourtant essentiel et définitif à ce propos mais cela n'a pas d'importance 1) parce que, comme il se passe pour les rêves, dit-on, sous une forme ou une autre, cela reviendra plus tard; 2) parce que nous incluons ici le résumé par ThF de la table ronde dionysienne. Notons, ce nonobstant, une observation de TB. La contrainte fonctionne par étages. A chaque niveau on trouve un champ de liberté à l'intérieur duquel on peut opter pour un chemin qui devient contraignant. Au bout de ce chemin on débouche sur un autre champ de liberté... et ainsi de suite.
Donc, le 26 janvier, à l'initiative de Ziya Aydin, peintre, verrier et auteur d'un mémoire sur la contrainte, la parole est donnée à l'Oupeinpo, dans le cadre des cours de Laura Malvano, Véronique Delannay et Claire Fagnart. Présents, TB, JC, ThF et JV, et Olivier O. Olivier, invité de l'Ouvroir. La réunion commence par une brève présentation faite par Ziya Aydin, suite à quoi l'Ouvroir s'ouvre.
Résumé par ThF: "Les oupeinpiens, certes, commentent leurs travaux, mais surtout ils renouvellent leur discours, s'efforçant de ne pas se montrer inférieurs, comme théoriciens, à leurs doctes interlocuteurs. Les contraintes de procédure et les contraintes de résultat, les contraintes transformantes et les contraintes formantes, les contraintes non perçues et l'invention de formes artistiques (l'art est une question de forme), les règles de l'art et l'Erreur des Barbares (i.e. le culte du "message", voire de l'"utilité sociale"), l'éloge ET la dénonciation de la Contrainte sont servis sur un mode assez folâtre pour que les auditeurs quittent la salle mieux avertis mais point trop endoctrinés".
Le public émet quelques questions : "Est-il possible d'appliquer la contrainte à l'art comme on le fait à la littérature ? Pourquoi avoir recours si souvent à des oeuvres classiques de la peinture comme point de départ des transformations oupeinpiennes? Quelle est la place de la subjectivité?" Des réponses sont émises, mais de doctes Barbares font irruption et évacuent le débat.
Il n'est pas exclu qu'une publication ne fasse, un jour prochain, le point sur cette question cardinale, et néanmoins non traitée dans l'Oulipo Compendium. Par ailleurs, l'Oupeinpo tient ici à stigmatiser les déficiences de l'Administration, incapable à la fois de faire tenir le séminaire dans le lieu annoncé et de signaler la modification à ses propres services ou sur les affichettes : de sorte que d'éminentes personnalités oupeinpophiles errèrent dans les corridors jusqu'à épuisement de leur patience. Qu'elles trouventt ici les excuses de l'Oupeinpo -- qui ne fut jamais averti.



Milie von Bariter, outrapiste et cheville ouvrière de la séance commune de travail des OU-X-PO vient, à notre invitation, nous éclairer sur le déroulement de cet événement exceptionnel et même inédit. Il aura lieu, on vous le rappelle, le 10 mai, à
20 heures 30, au tipi de la Piazza Beaubourg, ersatz provisoire du Centre Georges Pompidou, momentanément occulté.
Il s'agira d'intervenir sur un document "neutre" commun: le règlement intérieur de la BPI. Chaque ouvroir soumettra cette pièce paralittéraire au feu de ses méthodes et contraintes propres. Il disposera pour cela de 20 minutes. Il pourra profiter d'une aide technique pour l'emploi des technologies* nouvelles (infographie, projections en direct d'images en train de se faire, sur grand écran, etc). Les événements se produiront à des endroits différents et le public sera tenu à un certain nomadisme, à l'intérieur du tipi. Travailleurs du visuel, les oupeinpiens se sont interrogés sur le caractère éminemment langagier de l'objet de départ, mais ils comptent sur leur panoplie de procédures rigoureuses et scientifiques pour assurer le passage du texte à l'image. La "cassification", les "évanouissements", l'"onomométrie" et la "photonomométrie" fournissent et fourbissent déjà des armes capables de défier le "Règlement de la BPI". Ces travaux sont en gestation et ils seront dévoilés le 10 mai, sous le tipi.


* Les mots "technique" et "technologique" font l'objet de fréquentes polémiques entre JC et JV, le premier tenant au premier et le second souvent au second. La rédaction réunit ici, volontairement, les deux vocables dans une même phrase pour en finir avec ce conflit.

Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Jack Vanarsky