184

samedi 10 octobre 1998
  • Présents: Tristan Bastit, Jacques Carelman, Jean Dewasne, Thieri Foulc, Jack Vanarsky
  • Invités: Olivier O. Olivier (12 h 30)


Un courrier abondant farci de timbres-poste (non oblitérés) nous est parvenu. Nous remercions nos lecteurs pour leur geste hautement civique, et les engageons vivement à poursuivre cette action.


TH.F nous signale l'existence d'un peintre chinois contemporain Soung So qui, abandonnant le réalisme socialiste ambiant, peint des paysages en trempant ses papiers dans l'eau sur laquelle il verse de l'encre. L'explication de cette méthode se noie dans un bol de porcelaine décorée...



Le Multichrist.
par Thieri Foulc & Jean Castel

Conservant la parole,Th.F. nous explique sa méthode intitulée "Multichrist". D'emblée J.C. pose une question de sémantique : "Christ" étant un mot d'origine grecque n'eût il pas été préférable de dire "poly" au lieu de "multi"? Th.F. règle superbement le problème en déclarant que J.C. a raison, et que ce néologisme est aussi erroné que "dysfonctionnement". Cette précision étant donnée , il poursuit la présentation de son invention.
L'idée remonte à plus d'une dizaine d'années, mais c'est l'informatique, aujourd'hui maîtrisée, qui en a permis la réalisation. Il s'agit de prendre des crucifixions de différents peintres et de les superposer. Dans un premier temps il faut se donner des règles de superpositions forcément arbitraires. Quels repères communs choisir? L'un des principaux retenus est l'épaisseur du bois de la partie supérieure de la croix (l'écartement des clous a été également envisagé!); vient ensuite la question du décor. Doit-on garder le paysage derrière la croix ou non ?

La première expérience a consisté à superposer deux tableaux. (On pourra par la suite tenter d'en superposer 3,4,5, et même davantage!). On remarque tout de suite les différences considérables entre les crucifixions : chez Grünewald, par exemple le Christ pend lamentablement alors que chez le Greco il a tendance à s'élever. Selon les cas les têtes du Christ coïncident ou pas.

A partir de trois tableaux les problèmes augmentent: il faut faire des choix esthétiques, comme par exemple réduire la densité de telle zone afin d'en privilégier une autre. Th.F. fait circuler quelques-uns de ces travaux en promettant de continuer l'exploration de cette méthode.

T.B. nous présente ensuite une nouvelle école oupeinpienne, qu'il prétend involontaire, et qu'on pourrait baptiser lipomorphisme (qui fait disparaitre les formes).

La technique des lipomorphistes consiste à augmenter très rapidement et très fortement la chaleur de l'environnement d'une sculpture en pierre de façon à éliminer tous les détails inintéressants qui masquent l'essentiel de la forme : nez, yeux, chevelures, vêtements, etc. Ils obtiennent alors tout d'un coup des sculptures ayant la simplicité d'un Brancusi.

C'est au début de ce siècle que des artilleurs allemands ont appliqué cette technique aux statues de la cathédrale de Reims. Th.F. signale qu'à l'église Saint Germain-des-Prés, à Paris, il existe sur un bas-relief la trace d'un personnage enlevé. La scène représente la Cène. On y voit le Christ et seulement onze ....






Deux exemples d'oeuvres lipomorphiques
(Cathédrale de Reims, premier quart du XXe siècle)


T.B. revient sur la méthode de la destruction structurante déjà évoquée au cours des séances 180, 181 et 182. Cette fois il utilise deux tableaux de Philippe de Champaigne: Le Christ après la flagellation, et la Mère Angelique Arnauld ce qui donne au résultat un aspect plus janséniste.



Le Multichrist, les statues de la cathédrale de Reims, la représentation de Judas dans l'église de Saint-Germain-des-Prés et le déchirage en croix de deux oeuvres de Philippe de Champaigne ont donné à cette séance une bizarre et très involontaire connotation religieuse.


Listes Celle des abonnés qui souhaitent le rester s''alimente pour l''essentiel des envois de timbres. Celle des parutions disponibles est envoyée sur simple demande.
Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro: Jacques Carelman