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samedi 30 mai 1998
  • Présents: Tristan Bastit, Jacques Carelman, Jean Dewasne, Thieri Foulc, Jack Vanarsky
  • Invité : Ziya Aidyn


Certains projets sont top secret. Par exemple, pour l'an 2.OOO on fera ................................................ Par contre, d'autres sont seulement confidentiels. C'est le cas de la proposition d'un ami espagnol d'organiser une exposition dans la ville de....en... On vous donnera plus de détails le moment venu.
Th.F. a vu les expositions Hantaï. Il fait l'éloge du recours à la méthode : Hantaï se retire de l'action de peindre sur une toile, pour aller en amont, vers un dispositif de pliage, repassage, coloration de la toile qui génère les formes. Ceci implique des contraintes fortes dans la procédure même. Ses toiles, ces dernières années, il les a découpées et recombinées. Ce qui le fait revenir, observe J.D., sur un choix esthétique et montre le tiraillement entre l'inéluctabilité de la contrainte et l'appréciation de l'artiste.



LA CONTRAINTE. NOTRE invité, Ziya Aidyn, artiste-peintre & verrier, a écrit un mémoire de maîtrise au département d'Arts Plastiques de Paris VIII, sous la direction de Laura Malvano. Sujet : la contrainte. Il prépare maintenant sa thèse sur le même thème. Z.A. résume pour les oupeinpiens le contenu de ses recherches. Il part de la période de la révolution industrielle pour évoquer l'évolution du concept de contrainte dans les arts visuels. Il s'intéresse particulièrement aux connotations du mot lui-même, qui sont franchement négatives dans les définitions du dictionnaire, mais il note un retour de cette notion dans les années 40/50 - voir la confrontation entre l'abstraction géométrique, où se situait, entre autres, l'éminent oupeinpien J.D., vs. l'abstraction lyrique -. Dans un colloque à Arras en 1955, l'abbé Morel déclare : "Il ne faut pas confondre conformisme et contrainte. Une contrainte qui ne provoque aucun élan de sensibilité, c'est le conformisme typique". Mais c'est l'Oulipo et, à sa suite, l'Oupeinpo, qui donnent un sens tout autre à la notion de contrainte. Sur ce vaste sujet les assistants s'efforcèrent de trouver les limites fécondes, délaissant les banales contraintes de fabrication et les contraintes de l'académisme, pour les contraintes roboratives des opérations opeinpiennes. Un table ronde, organisée ...



A une table voisine, trois vieilles dames très bien mises. L'une d'elle affirme :
"Madona a raison, il n'y a rien de mieux que de faire l'amour".
Devant une telle profondeur, les propos au restaurant des oupeinpien étaient bien futiles.





LE DECHIREMENT ET LA CROIX, acte III.
Suite de notre feuilleton combinatoire et théologique.

L'aventure commença par le geste fondateur de T.B. déchirant en quatre un papier illustré : il proclamait la violence faite à l'image. Ci-fait, il produisit une série de collages de reproductions où l'art des anciens implosait de telle sorte que les bords des tableaux rentraient au centre et leur centre repartait à une périphérie hasardeuse. Dans la même ligne, mais en revenant à une attitude plus calviniste, Th.F. dépouilla les surfaces de toute représentation et ne fit valoir que la croix générée par les quatre angles des feuilles rectangulaires, orientés vers l'intérieur... À la fin de l'épisode (voir LES SÉANCES n° 180 & 181) nos héros décidaient de repartir en quête de nouvelles configurations cruciformes.

Parti au-delà des mers, J.V. ne ramena de l'Argentine de ses origines que des petites gidouilles emblématiques qu'il distribua parmi ses confrères, mais ne fit rien pour la croix. T.B. par contre, montra des nouveaux avatars de son idée, qui donnaient étrangement, à la brutalité du geste déchireur, la mesure raffinée de la section d'or. Ainsi, une "Ecole d'Athènes" raphaëlite, avec des personnages assez bousculés par le recollage, présentait en son centre un trou noir qui était en fait, un rectangle doré. Mais il revint aussi à l'abstraction prônée par Th.F. Ces exercices sont accompagnés, sur le même support, de notes écrites décrivant, à chaque fois, la méthode adoptée (ne rêve pas, lecteur émule, de formules faciles à lire et à copier: l'auteur lui même y perd parfois son latin).

Th.F., pour sa part, se laissa gagner par une figuration qu'il avait pensée esquiver. Il est vrai que sa vocation théologique le prédisposait à plonger dans des crucifixions, qui cette fois-ci, étaient dues à Rubens et à Velasquez. Ses procèdés démultipliaient les images, au point de confondre le Christ et les larrons. Th.F. se livra surtout à une analyse théorique des potentialités de la méthode.

Th.F., (théorétique) - Je distingue deux grandes voies de départ:
le déchirement d'images (fig.1)
le déchirement de papiers unis (fig. 2)
et deux modes de base de ré-assemblage :
le ré-assemblage au centre (fig.1)
le ré-assemblage suivant les bords (fig. 2)


Pour le dénombrement de combinaisons, notons :
a) Mise en croix selon la loi du quartier :
Chaque fragment est tourné sans sortir de sa position géographique. Une seule solution possible.
b) Mise en croix sans foi ni loi :
Les fragments se déplacent dans tous les quartiers et se combinent selon la formule des permutations
4! = 4 x 3 x 2 x 1 = 24
Si on a opté pour l'emploi de papiers unis, on peut aussi ajouter les variantes dues à l'utilisation des deux faces de la feuille, ce qui donne
24 = 16 & 16 x 24 = 384 variantes
c) Mise en croix semi-légale :
Combinaison des deux autres.
J.C., (empirique. Il déploie sur une grande feuille un certain nombre de cartes postales de la "Gioconda", dûment déchirés et recombinés ) - Je ne vois pas d'où tu sors toutes ces combinaisons, il n'y en a que 6.
Th.F., (analytique. Il manipule les cartes postales en répétant ses calculs ) - Les mathématiques ont toujours raison.
T.B., (mathématique ) - Et selon les mathématiques...
J.V., (hypothétique) - Peut-être que les configurations se répètent quant on fait changer de sens les fragments...?
Th.F., (pragmatique) - En effet, quand on multiplie les 6 positions de Jacques par les 4 orientations de la croix, on obtient les 24 possibilités que je décompte.
J.D., (œcuménique ) - Donc, vous êtes d'accord.
J.C., (définitif) - En tout cas, il n'y en a que 6 pour moi.
L'histoire retiendra ce débat sous le nom de La Querelle du Sens du Sens. L'attitude platonicienne affirme qu'on ne doit prendre en compte que les configurations essentielles, indépendamment des contingences de leur orientation spaciale. L'école aristotélicienne considère, au contraire, qu'il n'y ...




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Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Jack Vanarsky