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samedi 25 avril 1998
Séance tenue à Vitry/Seine, dans l'atelier de J. Vanarsky.
  • Présents : Tristan Bastit, Jacques Carelman, Thieri Foulc, Jack Vanarsky.
  • Excusé : Jean Dewasne,
  • Invités : Olivier O. Olivier (12h30), Jean-Louis Lavallard (16h)


Si la séance se tient
dans l'atelier de JV c'est dans un but précis : JV montre aux oupeinpistes ses récents travaux personnels -- qui n'en sont pas moins lamellisateurs pour autant. Le clou de l'exposé & de l'exposition est le triple portrait sculpté de Roland Topor, oeuvre exécutée en vue d'un film qui présentera le travail de JV & qui exploite les ressources les plus élaborées de la tomographie moderne. L'imagerie médicale s'étant révélée trop lourde à manier, c'est un laboratoire scientifique de l'université Jussieu qui avait été chargé des phases préliminaires. RT fut photographié circulairement, sur 360°. A partir de cette image, des informaticiens n'eurent aucun mal à construire une image virtuelle, en 3D, de la tête toporienne. Celle-ci (l'image virtuelle) étant constituée, comme on sait, par une simple masse de coordonnées cartésiennes liées par des algorithmes de passage, rien n'était plus simple que d'y découper, par le calcul, quelques dizaines de plans parallèles verticaux, puis de les sortir sur l'imprimante du laboratoire. A l'intersection des plans de coupe et des coordonnées de la surface de la tête, on obtient, de profil, autant de coupes de la tête de RT. Ces tracés constituent pour JV autant de "patrons" pour découper ses lamelles. L'épaisseur des lamelles peut être 1/ inférieure à l'espacement des plans de coupe ; 2/ égale ; 3/ supérieure audit espacement. Dans le premier cas Topor est portraituré selon un canon giacomettesque; dans le deuxième, selon un canon réaliste; dans le troisième selon un canon angkorien (accentuation de la largeur). Les trois possibilités sont retenues, d'où le triple portrait. Selon sa méthode usuelle JV a installé, derrière ses lamelles assemblées (et légèrement colorées), un arbre à cames mû par un moteur électrique.
Emotion quand le moteur est mis en marche & que le masque, devenu mortuaire depuis le 26 avril 1997, de Topor, s'anime devant ses amis OOO et JV, & devant l'Oupeinpo.

Le physicien & journaliste scientifique Jean-Louis Lavallard (qui connut François Le Lionnais) vient présenter ses travaux de peinture à couleurs mesurées. Ceux-ci, reflétant les compétences scientifiques & le tempérament personnel de leur auteur, s'affichent nettement plus complexes que ce que l'Oupeinpo a réalisé sous la même contrainte il y a une douzaine d'années.
JLL a entrepris une série de 343 tableaux (dont 240 environ sont exécutés à ce jour, à l'acrylique sur papier). Chaque tableau comporte 7 zones de couleur différente & de surface égale mathématiquement calculée. Ces tableaux sont soit circulaires, soit rectangulaires. Les 7 zones, à l'intérieur, arborent les formes les plus diverses, mais toujours tracées à la règle & au compas. C'est que l'auteur a commencé par dessiner, à l'intérieur de son format, une grille faite de polygones et de secteurs circulaires qu'il a subdivisés en modules plus petits, tous d'égale surface. (Les écarts entre surfaces rationnelles & surfaces irrationnelles sont considérées comme négligeables, virtuellement parlant : ils sont de l'ordre de 10-3. Si, dans une grille, 20 secteurs d'égale surface, circulaires ou polygonaux, se trouvent géométriquement divisés en 7, & si chacun des sous-secteurs ainsi obtenus est à son tour divisé en 5 modules de surfaces égales, on obtient 20 x 7 x 5 = 700 modules incontestablement égaux quoique de forme différente. L'art du peintre consiste alors à les grouper par 100 pour obtenir une zone à laquelle sera affectée une couleur. Chaque grille permet de très nombreuses solutions pour grouper les modules en 7 zones. JLL, volontairement, n'en exploite que...




LE DÉCHIREMENT & LA CROIX

Sous ce titre calderonesque, ThF développe, dans la voie ascétique qui lui est propre, la méthode proposée par TB lors de la séance n° 180 : il s'agit de déchirer une feuille de papier en quatre & de coller les morceaux sur un support en réunissant les quatres angles (droits) pour leur faire former une croix au centre.
1/ Distinguer d'emblée entre deux voies : l'une, qui est l'objet du présent exposé, utilise des papiers unis et joue sur les formes obtenues par déchirement ; l'autre, visée initiale de TB, utilise des papiers supports d'images et s'intéresse à la redistribution de celles-ci.
2/ Commencer & finir le déchirement en un point remarquable du bord de la feuille, par exemple au milieu. Cette façon de faire génère des continuités de contour après la mise en croix. Bien sûr, on peut préferer éviter de commencer le déchirement par un milieu de côté de façon à obtenir, au contraire, des décalages.On peut aussi opter pour une solution mixte : commencer à déchirer par un milieu de coté & et laisser au "hasard" le point d'aboutissement. Le résultat réunira ainsi des


continuités sur deux bords opposés & des décalages sur les deux autres.
3/ Prêter attention aux matériaux : si le propos n'est pas de travailler avec des images, mais avec les formes obtenues par déchirement, la qualité du papier, son aspect de surface, son épaisseur, sa couleur, sa déchirabilité interviennent décisivement dans le résultat. Un essai fait avec du krafft renforcé par un réseau de fils nylon (qu'il a fallu couper aux ciseaux un à un, ou emporter de force dans un déchirage violent) a confirmé que c'est là une véritable cause de style.
4/ Règle facultative : partir d'une feuille carrée. Les deux axes de la croix sont ainsi égaux. (Mais voir plus loin.)
5/ Avant de coller les quatre morceaux sur le support, dessiner la croix sur celui-ci. La centrer. La dessiner d'un trait double. L'espace entre les deux traits de l'axe est à choisir par l'artiste, entre 0 (contiguÏté) & x. C'est un caractère stylistique lié à la méthode. La croix sera ainsi clairement visualisée.
6/ Une fois les quatre morceaux collés, retailler le support rectangulairement à ras des déchirures les plus externes. L'expérience montre qu'autrement on obtient des zones mortes, qui viennent insérer de l'ennui dans le tableau lors des phases suivantes. En effet :
7/ Ce premier collage doit subir le même sort que la feuille de papier initiale : déchirement selon les méthodes ci-dessus & collage en croix sur un nouveau support. Choisir celui-ci d'une couleur & d'un aspect tel que le précédent se détache sur lui. Veiller à ce que le tracé de la croix soit d'une couleur différente du précédent.
8/ Répéter l'opération ad libitum.




DÉCHIREMENT À LA SECTION D'OR

TB a poursuivi les recherches sur le point de départ & le point d'aboutissement du déchirement. En utilisant la section d'or -- dans l'ordre : petit segment / grand segment au départ ; grand /petit à l'aboutissement -- on constate qu'une croix dessinée centrée initialement se reconstitue décalée après déchirement & remise en croix.
TB affirme néanmoins sa volonté de poursuivre selon son intuition initiale qui s'énonce, elle, claudéliennement : la violence faite à l'image.



AUX SOURCES DE LA MULTIFRACTALITÉ

Il est de notoriété publique que l'inventeur des fractales, Benoît Mandelbrot, a des ambitions artistiques. A preuve un article communiqué par Dominique Lacaze & intitulé : Multifractality of Deuschmark / US Dollar Exchange Rates, par Adlai Fischer, Laurent Calvet & Benoît Mandelbrot, & constituant le n° 1166 des Discussion papers de la Cowles Foundation, à l'université Yale, aux Etats-Unis. Cet article est illustré de très nombreux graphes obtenus sur l'ordinateur des doctes économistes et mathématiciens. ThF n'a eu ...


Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Thieri Foulc