180

samedi 28 mars 1998
  • Présents : Tristan Bastit, Jacques Carelman, Thieri Foulc, Jack Vanarsky.
  • Excusé : Jean Dewasne,


Encore sous le charme de Danielle & François Morellet & de leur chaleureux accueil, Tristan Bastit, Thieri Foulc & Jack Vanarsky font assaut d'éloquence pour rendre compte de leur visite à Cholet le 17 mars précédent. Le tableau potentiel quotidien de T.F., déjà sec, n'avait pas souffert du départ matinal (cf. Séances n° 179). Le déplacement dans la conduite intérieure du même avait ajouté au bucolique autoroutier les séductions de conversations dans le Loir & Cher traversé.
Cette première visite à François et Danielle Morellet avait pris un ton remarquable dès le champagne de bienvenue, puis, à table, avec les délices d'une cuisine qui mettait toute sa courtoisie à rendre discret son extrême soin.
Il ne restait aux visiteurs qu'à prendre un peu d'exercice après le café pour être au mieux de leurs capacités réceptives. Cela fut fait lors d'un tour des jardins tant d'hiver que d'été. Les Oupeinpistes purent attaquer alors avec François Morellet une visite très complète de ses différents ateliers, de la vaste salle où, côtoyant ses archives, se conçoivent et se mettent au point les oeuvres jusqu'aux ateliers de montage, d'emballage, voire de réparation, en passant par la salle de mise au mur (où s'éprouve la pertinence des conceptions) et les collections personnelles. Tels des péripatéticiens, les oupeinpistes faisaient de cette ambulation la source de multiples interrogations et éclaicissements. A ce jeu se fit de plus en plus présent ce point de tension de la règle où François Morellet force l'apparition de son art. Le débat s'ensuivit sur des thèmes que l'Oupeinpo partage. Il se poursuivit avec autant de vivacité entre les Oupeinpistes tout au long du voyage retour..

Frustrations : par les différents supports de la communication (vive voix, téléphone, rumeur publique, etc.) des protestations nous sont parvenues de ceux qui ne reçoivent pas encore Les Séances de l'Oupeinpo. Nos abonnés pourront en tirer la légitime fierté "d'en être" ! Que cela rappelle à ceux qui hésitent encore qu'un envoi de timbres est devenu désormais la marque distinctive...



L'évocation autour du rituel apéro-oferparlaméson des diverses expositions vues par les oupeinpistes ramène sur la nappe la restauration des Ambassadeurs et plus généralement la querelle sur le trop ou trop peu de visibilité de ce genre d'opération. Kerelle d'allemand entre école italienne et école anglaise ? T.B. se demande si l'on songe à s'enquérir de l'avis des auteurs quand on l'a sous la main. Il remarque que le cahier des charges de ces restaurations est comme le contrecalque de celui par lequel les sociétés se définissent leur bon usage de l'artiste.

De là à re-évoquer dans leurs vastes mises en scène de "Land Art" populaire urbain les "Body-Art Performances" (alors mal comprises de l'institution) d'il y a juste 30 ans, aucun obstacle : chacun put essuyer furtivement sa larme avant de passer au dessert.



Le déchirage : destruction structurante
par Tristan Bastit

La manipulation ici présentée inaugure une nouvelle contrainte de réassemblage. Elle met en évidence le concept plastique de la destruction structurante qui donnera certainement lieu à d'autres développements. Celui-ci appelle déjà ses corrolaires que sont : la construction chaogène, la destruction chaogène & la construction structurante.

Prenons une oeuvre sur papier quelconque de format rectangulaire et déchirons-la une première fois de façon que la déchirure traverse d'un bord (ici la longueur) au bord opposé. On superpose les deux morceaux obtenus en faisant soigneusement coïncider ce qui était les autres bords, les largeurs, et l'on déchire à nouveau en partant de ces largeurs. On est alors en possession de quatre morceaux contenant chacun un angle droit et une déchirure plus ou moins complexe (fig.1). On peut alors reconstruire la feuille, non plus dans sa structure originale rectangulaire mais dans une nouvelle structure qui fait coïncider les quatres angles en un seul point (fig. 2).



Dans un premier temps j'ai considéré ceci comme l'étape préalable d'une nouvelle contrainte par bords qui aurait imposé de rétablir une cohérence de picturalité sur cette reconstruction brutale. Je ne souhaitais cependant pas fermer le problème et j'ai préfèré aller à l'aventure vers d'éventuelles découvertes tout en laissant les champs libres aux ébats des oupeinpistes. C'est donc une dizaine de pures divagations plastiques que j'ai presentées à cette séance n°180 en soulignant vigoureusement dans quelles insatisfactions elles me laissaient. Le débat fort animé qu'elles soulevèrent mit en lumière la richesse potentielle insoupçonnée de cette procédure si simple. Alors que T.F. s'engagait sur la voie de l'ascèse et proposait de travailler avec des papiers vierges sur les potentialités tant de la déchirure que du réassemblage, J.V. proposait une posture scientifique et entendait sousmettre les expériences à un protocole expérimental systématique. En ce qui me concerne je reste toujours aussi attaché à la violence faite à l'image, à la lecture du Pein de départ par une restructuration qui implique sa récriture contrainte.


Addendum : depuis cette séance & grâce au retard pris par ce bulletin, signalons que le travail des uns & des autres donne des résultats tout à fait prometteurs..



Un tableau par jour (suite)

La vaste entreprise de "peindre à l'écriture" et de réaliser ainsi un tableau par jour amène T.F. à donner lecture d'une rafale de tableaux dont les interconnexions introduisent un nouveau développement dans la contrainte qu'il s'est donnée.
La succession des jours du peindre sécrète désormais, inévitablement, des rappels, des "rimes" des liens d'un tableau à un autre -- tous phénomènes que l'Oupeinpien ne laisse évidemment pas au hasard mais entend réguler par la création de réseaux, suites et séries explicites (outre les réseaux, suites & séries implicites que devraient relever un jour des index). On voit ainsi s'organiser des Images de souffrance (tableaux que le peintre répugnerait à exécuter), des Petits Secteurs (qui cadrent de façon particulièrement serrée le paysage, la scène d'intérieur ou le corps humain), Six personnages (qui détaillent cinq états successifs de leur quête de réalité) & même les épisodes encore irrévélés d'une Vie de saint. Plus formellement...



Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteurs pour ce numéro : Tristan Bastit & Thieri Foulc