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Samedi 14 février 1998
  • Présents: Jacques Carelman, Jean Dewasne, Thieri Foulc, Jack Vanarsky
  • Après-midi: Tristan Bastit, puis Suzanne Allen


Dans la semaine précédente JC a reçu M. Lavallard, physicien, journaliste scientifique comme FLL & peintre à couleurs mesurées par septième de surface. Celui-ci sera convié à exposer ses méthodes lors de la prochaine séance.

¤ JV informe l'assemblée sur les V1, les V2, mais aussi les v3,V4, V5, autant de zones du cerveau spécialisées dans la vision, selon Zemir Zeki. Chacune de ces zones gèrerait un aspect particulier : la couleur, le mouvement, la profondeur, la forme, etc., la zone de la couleur étant réputée opérer plus vite que les autres. Dufy & Mondrian paraissent avoir exploité les propriétés de ces zones bien avant leur découverte.

¤ ThF rend compte de sa visite à Hans Holbein, à Londres, le 30 janvier. Il veut bien admettre que celui-ci a joué des tours à la "contrainte de figuration" en trois occasions : l'anamorphose du crâne qui, certes, exige un point de vue différent de celui selon lequel on considère les Ambassadeurs ; le cadran solaire du même tableau dont deux flèches portent des ombres dans des directions opposées; l'ombre verticale à droite de Christine de Danemark, duchesse de Milan, qui n'est l'ombre de rien de visible sur le tableau. Cela étant, ne pas se soumettre à une contrainte, de figuration ou autre, n'est pas la marque d'un oupeinpisme exacerbé...

¤ Le même rend compte de sa visite à Alastair Brotchie, toujours à Londres, le même 30 janvier. Les épreuves du Ou-X-Po Compendium (partie Oupeinpo) sont prévues pour la fin de février & l'ouvrage terminé est envisagé pour août/septembre. Une Ou-Pein-exPo devrait être organisée dans la foulée.

¤ JD lance un appel a un peintre de batailles. Prix de 40 000 F à décerner lors du prochain Salon des artistes français. L'an dernier le prix n'a pu être attribué faute de combattants.

¤ TB distribue les quatres premiers numéros des Séances dont le tirage atteint désormais 90 exemplaires & le coût 360F par numéro, en données corrigées des variations saisonnières.

¤ ThF rend compte de l'exposition Manet, Monet : la gare Saint-Lazare, montée au musée d'Orsay par l'amie Juliet Wilson-Bareau. Outre la qualité des oeuvres & l'extrême scrutiny documentaire de l'historienne, il note, sur la première esquisse pour Le Pont de l'Europe, de Caillebotte (1876), deux ombres qui "traînent sur le trottoir comme des déchets, guettant les personnages auxquels elles appartiendront" (catalogue, par JWB, p. 82). Du coup, l'Oupeinpo envisage de généraliser la méthode : jeter des ombres sur la toile & en déduire les personnages qu'il convient de peindre.



Au cours du repas rituel, les spéculations portent non sur la peinture, pour une fois, mais sur une question classique d'histoire des religions, à savoir les rapports entre la circoncision et l'universalité du message paulinien. ThF, très à l'aise, brosse un vaste tableau de la situation religieuse dans le monde méditerranéen au Ier siècle de notre ère, préparant ainsi l'assistance qui ne se doute de rien à la révélation de son oeuvre Peau de Soie (cf. rubrique "Chantiers").



UN TABLEAU par jour (suite)
ThF a poursuivi l'entreprise exposée dans le précédent numéro. Il précise le rôle éthique de la contrainte : par souci de hiérarchiser les valeurs, il rédige son projet de tableau potentiel quotidien avant de s'habiller. En cas d'urgence, il sortirait plutôt tout nu que sans avoir projeté son tableau.
Il impose à l'assemblée la lecture, non pas de tous les tableaux projetés depuis le mois dernier, mais seulement de : Tableau-chat, Cheveux, Peau de soie (tableau abstrait qui suscite systématiquement un haut-le-coeur chez les dames, car décrit sous l'appellation de prépuce), Combat de chaises (en vue du prix de peinture de batailles), Le Fleuve noir et l'huile de vidange, Sommeil, Cours de bourse, Image de souffrance, Le Bar au billard électrique.
On s'avise que ces tableaux réalisent la contrainte, fort ancienne à l'Oupeinpo, dite Peinture pour aveugles. De cette contrainte il resterait donc à donner maintenant des réalisations tactiles, gustatives & olfactives.

Cheveux. Nous ne sommes pas Titien & nous ne peindrons plus la chevelure de Flore. Cette masse à la fois lourde & légère, rayonnante & pleine, où apparaît pourtant l'extraordinaire finesse de chaque cheveu, de chaque poil d'un pinceau virtuel, dirait-on, cette masse de peinture qui ne doute pas de ses pouvoirs, il est exclu d'en retrouver non seulement la méthode mais le besoin.
Cela étant, il reste des cheveux à peindre & pourquoi pas les moches qui menacent le fond du lavabo, qu'ils vont bientôt boucher? Ils sont bruns & maigres, quasi noirs sur le blanc pas très net du lavabo non rincé. Ils dessinent des ramollissements, des isolements perdus -- cheveux seuls égarés loin de la chevelure -- des paquets morts. La bonde est là aussi avec son appel noir & son cuivre usé. Inutile de peindre la bonde. Qu'on sente juste le trou, l'engloutissement tuyautaire, & un peu les teintes cuivre en souvenir de Titien. Les cheveux sont sales, misérables, mais chaque courbe est un dessin, chaque trait calcule son écart par rapport au voisin, cet entre-deux suggère quelque chose & si je ne puis vous proposer Flore ni aucun autre mythe ou allégorie, je vous donne tout de même de la peinture.




tableau des 1000 colonnes (extraits)

Examen de la colonne Ressemblance. Pour ne pas s'égarer on s'astreint à lire: ressemblance de (la tête de ligne) avec ce qui est peint.

¤ Ligne Support :
Ressemblance du support avec ce qui est peint.
Travail déjà fait par les oupeinpiens de Lascaux : le support (bombement de la roche) ressemble aux ventres des animaux peints dessus.
Travail exécuté aussi, plus récemment, pour les parents de JD : le support (porte en bois) ressemble au faux bois peint dessus.


Idée nouvelle (JD) : "Je prend comme support un nuage. Je projette dessus à l'aide d'un appareil à laser l'image d'un nuage d'une autre couleur. Le support ressemble à l'image."

Autre (TB) : contrainte hyperréaliste, peindre sur le support choisi sa plus scrupuleuse copie.

¤ Ligne Matériel :
Ressemblance du matériel avec ce qu'il sert à peindre.
Peindre, avec un pinceau de martre : une martre,
avec une queue-de-morue : une morue
avec une femme nue : un nu féminin (Y. Klein)
avec un pinceau : des pinceaux (Jim Dine)




¤ Ligne Aire :
Ressemblance de la surface peinte (mesurée en cm2, en m2, etc.) avec le sujet du tableau.
Sur une grande toile, peindre 1m2 de telle sorte qu'il évoque le m2 de surface lunaire vendu par Fred Forest.

¤ Ligne Forme :
Ressemblance de la forme avec ce qui est peint.
C'est la quasi- tautologie, l'"hypothèse de la peinture peinte" (cf. Giotto, Au Crayon qui tue).
Telle est du moins la solution qui s'impose. On omet ici les spéculations élaborées en fin de séance sur ce sujet délicat, clairement marquées par la fatigue.

La séance est levée peu avant 17H.


Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Thieri Foulc