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Samedi 13, décembre, 1997
  • Présents : Tristan Bastit, Jacques Carelman, Jean Dewasne, Thieri Foulc, Jack Vanarsky.

L’Oupeinpo se préoccupe aujourd’hui des difficultés du portrait et de la ressemblance, à l’aplanissement desquelles il offre ici son concours.


En ouverture, et comme pour se mettre en bouche, les premiers arrivés débattent allègrement sur le bon à tirer du bulletin n° 176, avant d’attaquer, dès l’arrivée de T.F. l’ordre du jour. Après une rapide évocation des potentialités manifestatoires dans les mois à venir, voire même des esquisses de projets en cours, parole est donnée à J.V. Il nous offre la primeur des plus récents développements dans son art de la chirurgie rectificatrice lamellisectante. Car non seulement ses modèles sortent rectilignifiés de leur profil, dans ces glissements planifiés de lamelles, mais plus encore ils nous révèlent les faces cachées que sont ici deux autres profils. En particulier, l’apparition,sur quelque fond que ce soit, d’un profil virtuel est une grande satisfaction oupeinpienne. Quant aux angles de vue (qui sont ici des angles de coupe), leur potentialité nous fait passer d’un processus de chirurgie réparatrice à une méthode de clônage démiurgique. Par delà ces développements de l’ingénierie, J.V. (& d’autres) a bien conscience de bousculer allègrement les orthodoxies. Comme il tient à le souligner, c’est la pratique praticienne des contraintes qui crée de nouvelles contraintes. La potentialité dans ce cas devient le résultat de la nécessaire réalisation.


Feindre le peint à la machine, enfin.

par Tristan Bastit

"Les noms sont des désignateurs rigides"
Saul Kripke
la logique des noms propres

Fruit d'une gestation longue et tâtonnante durant trois années, voici, en cette dernière séance de 1997, présentée dans leur plein achèvement informatique les Évanouissements de L.V. Gogh.

Au fil des communications ou présentations publiques (Sophia Antipolis, OuPeinpPot), les oupeinpistes en ont suivi les linéaments; et les aspects techniques font l'objet d'un article de l'ouvrage à paraître chez Atlas Press. Pour mémoire ils exploitent le principe des transparences booléennes dans une structure stratifiée (ici un composite de quatres couches portant chacune une image spécifique). La succession de ces couches est manipulable à volonté, de même que le mode de transparence des images.

Le véritable enjeu oupeinpien, objet de la présente communication finale, était d'astreindre complètement ces potentialités à une contrainte opératoire. Après bien des essais et avatars la mise au point d'une contrainte alphanumérique permet aujourd'hui d'y satisfaire entièrement. Elle détermine pour chaque cas, et l'ordre de succession des couches, et le mode booléen des images superposées. Le déterminateur retenu, comme pour l'onomométrie, est le marqueur "prénom + nom", propre à rendre visible l'identité du modèle.

Pour ce faire, écartant la fugacité fallacieuse d'un quelconque aspect des personnes, nous devons travailler des images figuratives de l'universalité du type portraitural. Notre structure stratique qui contient deux autoportraits de Van Gogh et deux Monna Lisa met la méditation ontologique de l'autoportrait, manifestée par Vincent, en interférence avec la quête de l'"anima" dont Monna Lisa tient le rôle. Chacun a subit un certain nombre d'interventions cosmétiques infographiques de façon à fournir des images structurantes et des images enrichissantes. Ces images sont ensuite verrouillées, ne peuvent plus subir aucune modification formelle, de sorte que les 98 304 Évanouissements possibles (produit d’une permutation de quatre couches par un facteur huit de modes) soient dûs aux seules variations modales.

L'opérateur, donc, muni des seuls prénom et nom de son sujet, paramètre pour l'ordinateur des instructions numériques et des commandes. Tout d'abord, la succession de leurs voyelles est traduite en une suite numérique sur laquelle l'appareil construit la formule stratique des quatres couches du portrait. Il assigne ensuite, selon un code préétabli, à la suite des consonnes des opérateurs de commandes que l'ordinateur exécute sur les modes booléens des images.


François Le Lionnais

Notre ordinateur passe alors à l'action en menant à bien trois processus. Il organise la structure stratique du portrait imposée par la formule des voyelles, puis dans chaque couche il calcule pour chaque pixel de l'image une consigne modale. Cette consigne prendra effet lors des recouvrements par les pixels d'autres couches. Enfin pour l'ensemble des recouvrements des quatres images il calcule le bilan pour chaque pixel de tous les recouvrements et le transforme en un pixel final unique qu'il affiche.
Le résultat de ces opérations est l'apparition d'un portrait constitué du bilan, pour un ordre stratique donné, de toutes les interférences modales de tous les pixels des quatres images superposées. Pour chaque formule alphabétique identifiant un modèle ce bilan est unique et fait apparaître un portrait unique.



Les convivialités roboratives & fleuries de la pause étaient mises à profit pour évoquer à bâtons rompus les diverses gourmandises offertes aux amateurs de peintures. Le beau regard pervers de la tricheuse de G. de La Tour fut l’occasion de brillants développements des uns et des autres. Si le moderne trouvait bien son miel chez celui-ci, l’on convint volontiers de l’évidente grandeur d’un Caravage quant à lui bien campé sur son temps.




Publications disponibles
L'Oupeinpo est l'objet ou l'origine de plusieurs publications encore disponibles ( pour peu de temps ! ). La liste vous en sera fournie à votre requête.

Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Tristan Bastit