oupeinpot

Dimanche 12, octobre, 1997
  • Présents : Tristan Bastit, Jacques Carelman, Jean Dewasne, Thieri Foulc, Jack Vanarsky, & environ 150 hôtes, tous de marque.

Après bientôt 17 années d’existence, l’OuPeinPo prend prétexte de sa séance extraordinaire et publique du 12 octobre 1997 pour réaliser enfin ce qui fut une de ses résolutions initiales, savoir : des comptes rendus de ses SÉANCES.


Une réunion publique et privée
(de Aimé Le Borgne, envoyé spécial du Réveil de Plouganou)

Quelle belle soirée que l’OuPeinPOT de l’Oupeinpo ! Une assistance nombreuse et fervente s’est pressée dimanche 12 octobre dans l’atelier, prêté généreusement par l’artiste Cristina Martinez, pour assister à la présentation des travaux picturaux et divers du groupe. Dans le public, on pouvait reconnaître des personnalités éminentes du monde des arts & lettres, des sciences & des nouvellesphynances (peu), des représentants de la pataphysique, des OuXPo frères -- OuLiPo, OuBaPo, OuTraPo, OuPhoPo -- , de l’informatique, la psychanalyse, la poésie, les mathématiques, le barreau, l’enseignement, l’institut, la peinture, sans oublier cette chère jeunesse sans laquelle il n’y a pas d’avenir. La foule était telle que même les absents étaient présents. Monsieur Thieri Foulc a introduit l’événement par un introït savant et compendieux sur les origines et les activités de ce groupe qui s’attache librement à des contraintes, comme il l’a si bien expliqué. L’orateur a ainsi mis en lumière les travaux collectifs et ceux de chacun des auteurs, accrochés aux murs,* qui ont pu ajouter quelques mots pour compléter la démonstration. Parmi ces oeuvres, citons la toile peinte par Jacques Carelman, qui a réalisé une “transposition tactile” par le moyen du collage de papiers de verre de différentes grosseurs sur un panneau de bois, qui représente le tableau Guernica du peintre Pablo Picasso. Il est émouvant de penser que grâce à ce procédé, les malheureux non-voyants pourront apprécier l’oeuvre du célébré artiste. De Jean Dewasne, on a pu admirer comment d’une fresque gigantesque, qui fait tout l’intérieur en hauteur verticale de l’Arche de la Défense, l’artiste a extrait ce qui n’a pas été peint pour des raisons de plancher, afin de créer une autre oeuvre d’art. La regrettée Aline Gagnaire a réalisé une série émouvante, qui résume l’humble et dévoué labeur de la femme, en présentant les tableaux lacérés de l’italo-argentin Lucio Fontana recousus par son épouse. Tristan Bastit exhibait son M.O.U (Module Oupeinpien Universel), ingénieux système -- inspiré des puzzles de notre enfance -- que les historiens feraient bien d’appliquer pour mettre bon ordre dans l’histoire de l’art. Quant à Jack Vanarsky, nous avons noté ses projets d’urbaniste visionnaire qui, après avoir fait son autocritique sur sa volonté hérétique de redresser la Seine, nous propose pour désenclaver Paris, de transformer le boulevard périphérique en deux voies parallèles et rectilignes. Thieri Foulc lui-même montrait son Morpholo, étonnant jeux de fiches bariolées en noir et blanc qui, se composant de mille manières, donne toutes sortes de figures diverses. L’orateur finit sa présentation en faisant montre de ses talents de portraitiste ; il exécuta ainsi deux “Onomométries” en peu de minutes, devant un public admiratif. Cependant, T. Bastit, prosélyte des multimédias, faisait des mixages mystérieux de pixels sur son ordinateur.
Après le discours, vinrent les agapes, égayées un temps par la présentation scientifico-artistique du “Digrapheur”, instrument à dessiner dont son créateur, J. Vanarsky, développe des explications sur ces mêmes pages.

Une vue de l’exposition : le buffet. Pinceaux à tartiner et bols de ménage de chez M. Dupont,
marchand de couleurs; guacamole et cervelle de canut faits main; vin d’origine; tartine préparée sur place.



Le digrapheur

par Jack Vanarsky

Cette note rend compte de la première expérience publique de maniement des différents outils de la famille du digrapheur. Une étude analytique sur celui-ci a été publiée par ailleurs dans Nouveaux aperçus sur la potentialité restreinte (Publications de la Licorne, UFR Langues & Littératures, Poitiers, mars 1997).
La création du digrapheur résulte d’une réflexion au sein de l’Oupeinpo sur la symétrisation du matériel pour artistes. Le digrapheur de table (ainsi aisément portable pour l’étude d’après nature) consiste en un crayon à deux pointes et deux surfaces opposées sur lesquelles il dessine. La présentation a montré comment la main qui effectue le tracé obtient simultanément deux oeuvres différentes, la première guidée par l’oeil et l’autre résultant de divers paramètres rigoureusement incontrôlés.
La nouveauté fut la démonstration inédite du Très Grand Digrapheur. Le passé légendaire de cet instrument, comme nos historiens l’ont montré, remonte à Michel-Ange qui, dessinant les fresques de la chapelle Sixtine au sol, les a retranscrits en temps réel au plafond, les échelles diverses de la fresque ainsi que l’étonnante musculation des personnages étant des déformations dues au maniement de l’outil.
La réinvention moderne du TGD est une création collective de l’Oupeinpo, menée à bien par l’auteur de ces lignes. Elle consiste en un grand bâton, muni d’un pinceau à chaque extrémité. Le protocole de l’expérience, qui se déroulait sur une mezzanine, comportait un plateau transparent de 99,5 x 102 cm situé en porte-à-faux au-dessus de la tête des spectateurs. La distance de ce plateau au plafond était de 201,5 cm ; la longueur totale du TGD d’un bout à l’autre des pinceaux, de 207 cm (légèrement variable à l’emploi à cause du fléchissement des poils des pinceaux à l’appui). L’opérateur, âgé de 61 ans 5 mois et 24 jours, a peint sur un papier “kraft blanc” posé sur le plateau (dessin A) et rendu visible d’en bas par un jeu de lumières. En même temps, il maintenait l’extrémité supérieure de l’outil en contact avec un papier similaire fixé au plafond (dessin B) ... La couleur était un bleu outremer acryliquepour le dessin plancher, un rouge vermillon non moins acrylique pour le dessin plafond.
Évoquant le Douanier Rousseau, il a été rappelé qu’il se définissait comme le plus grand peintre dans le genre moderne, tandis que Picasso l’était dans le genre égyptien. L’expérience a donc montré à titre d’exemple comment, traçant un profil égyptien sur le plancher, l’opérateur obtenait un dessin moderne au plafond.
Deux développements restent en vue: d’une part, l’introduction de la nouvelle technologie grâce au digrapheur-laser, seulement exhibé le jour de la réunion; d’autre part, le digraphage contrôlé par l’incorporation d’un rétroviseur sur le bâton. L’auteur se fait fort, une fois incorporé cet accessoire, de réaliser deux dessins simultanés et jumeaux, mais pas monozygotes, ayant chacun, sur le même air de famille, des particularités introduites volontairement.

Digraphisme
Plagiat par la souris informatique du digramme
qu’obtint Jack Vanarsky lors de l’expérience du 12 octobre 1997

digraphisme

Bulletin apériodique de l'Ouvroir de Peinture Potentielle
Rédacteur pour ce numéro : Thieri Foulc