Réduction au pixel moyen


par Guillaume Pô


  • Guillaume Pô, Situation de quelques oeuvres célèbres sur le cercle chromatique.

Imaginons un appareil capable de scanner tous les tableaux d'un musée. Chaque oeuvre est transformée en un document numérique en quadrichromie. On relève la densité chromatique de tous les pixels du document, puis on calcule la couleur moyenne du tableau*. Cette opération permet de classer les oeuvres non par technique, par école ou par genre, chronologiquement ou thématiquement, mais selon la place de leur pixel moyen sur le cercle chromatique. Pour peu que d'autres musées suivent cet exemple, puis que les collections du monde entier subissent le même sort, on pourrait imaginer la totalité de la production picturale humaine (ou animale) située sur le cercle. Les rapprochements fortuits entre les tableaux qui en découleraient raviraient les glossateurs, et les spectateurs, pris dans le vertige du potentiel, verraient dans chaque pixel un chef-d'oeuvre.

Pour l'artiste, cette méthode s'avère stimulante, car elle offre quantité d'applications. La première consiste à réaliser un ou plusieurs tableaux se situant au même point du cercle qu'un autre, déjà célèbre (par exemple : une Composition de Mondrian). C'est une façon rapide et efficace de rivaliser avec les maîtres. Une autre contrainte serait d'imaginer, pour chaque chef-d'oeuvre, son tableau complémentaire : de cet équilibre naîtrait sans doute un sentiment d'achèvement. Une autre encore serait de réaliser une série d'oeuvres se situant sur un même rayon du cercle, ou à la même distance du centre...


* Ce fut le cas de la Peinture par la tranche, consistant à empiler des toiles de format identique, montées sur châssis, à peindre une oeuvre sur chaque côté de la pile, c'est-à-dire sur les tranches, et, récupérant les toiles vierges aux bords désormais déterminés, à déduire, pour chacune, la zone centrale de cet infime liseré. Aucun exemple disponible.