Onomométrie

par Thieri Foulc


  • Thieri Foulc,
    Portraits onomométriques de quelques peintres illustres.
    Onomométrie,1988.

A = 1, B = 2, C = 3, etc. À chaque lettre de l'alphabet correspond un nombre. La mesure, millimètre, pouce ou autre, mais toujours de longueur, est choisie en fonction du format souhaité pour l'œuvre finie.

À toutes les lettres d'un nom, ou d'une phrase, ou d'un texte, on fait correspondre ainsi un segment. Les extrémités de ces segments alignés sur un axe constituent une structure oupeinpienne utilisable ad libitum. Pour les Portraits onomométriques vus de face, la longueur des segments détermine les proportions du visage et remplace les canons classiques - dont il n'est pas besoin de démontrer ici l'arbitraire et les fortes variations selon les époques. La première ligne horizontale marque le haut de la tête, la deuxième le haut du front (implantation des cheveux), la troisième les sourcils, la quatrième les pupilles des yeux, la cinquième la base du nez, la sixième la fente de la bouche, la septième la pointe du menton, les suivantes les « accessoires inférieurs » tels que double ou triple menton, extrémité de la barbe, nœud de cravate et, si le nom possède beaucoup de lettres, tous les boutons d'une redingote. En revanche, malheur à ceux dont le nom comporte moins de six lettres : le bas du visage leur manque...

En utilisant mes points onomométriques comme passages obligés pour toutes les sécantes d'un axe vertical, j'ai réalisé un Autoportrait - ressemblant ! On peut encore disposer les points sur deux axes perpendiculaires et exécuter un portrait, voire une scène de genre ou de bataille, en coordonnées onomométriques.

Hommage soit rendu aux divinités de l'erreur : l'onomométrie dérive d'un souvenir flou et d'une interprétation inexacte du principe spinellien du Pataritratto1.



  • Aldo Spinelli,
    Pataritratto de l'Oupeinpo, 1991.

  • Thieri Foulc,
    New observations on Harry Mathews's face.
    Portrait en coordonnées onomométriques, 1992.

  • Stanley Chapman,
    Raymond Queneau.
    Portrait en coordonnées onomométriques, vers 1991.

  • Thieri Foulc,
    Autoportrait de profil.
    Onomométrie, 1988.

  • Jack Vanarsky et Tristan Bastit,
    Raymond Queneau.
    Portrait en coordonnées photonomométriques, 1993.
    La Photonomométrie diffère de l'Onomométrie en ce qu'elle part d'une image préalable, une photographie. Aussi lorsqu'on déclare A = 1, l'unité sera fonction de l'image utilisée. Ici : R + A + Y + M + O + N + D = 90 et Q + U + E + N + E + A + U = 83. Il convient donc de diviser la hauteur de l'image par 90 et la largeur par 83, pour obtenir la valeur de l'unité. Selon les zones du portrait, déplacer les lignes « naturelles » (sourcils, yeux, base du nez, etc.) pour parvenir à la vérité onomométrique du portrait conduit à réduire ou à agrandir une fraction d'image existante. Cela peut se faire par anamorphose dans l'ordinateur ou, si l'on opère à la main, par suppression ou multiplication de lamelles - d'où l'intérêt de Jack Vanarsky pour cette contrainte.


1Le Pataritratto ou Portrait pataphysique, inventé par Aldo Spinelli, consiste à portraiturer quelqu'un en se fondant non sur son apparence physique, mais sur les lettres de son nom. En cela, l'Onomométrie en dérive, ainsi que les Évanouissements de L. V. Gogh (page 86). Dans le Pataritratto, l'aspect du portraituré est toujours une spire, faite de demi-cercles. Sur une droite, on marque vingt-six points régulièrement espacés, correspondant aux lettres de l'alphabet. On pique la pointe du compas dans le point correspondant à la première lettre du nom et l'on trace un demi-cercle à partir de la deuxième lettre, et ainsi de suite. (On prend soin d'écrire l'alphabet dans les deux sens, chaque point correspondant à deux lettres : A/Z, B/Y, C/X, etc. On a ainsi un choix qui permet d'éviter les intersections d'arcs de cercle.)