Neutralisation de la contrainte par bords

par Jack Vanarsky


La contrainte par bords est l'une des plus fortes et des mieux illustrées par l'Oupeinpo. Mais que faire quand deux images que tout rapproche - le sujet, la situation - ne peuvent pas être juxtaposées, à cause d'un simple différend frontalier ?

Ce fut le cas quand, à la suite d'une série de lamellisations symétrisantes de La Source d'Ingres, il devint clair qu'il fallait confronter cette œuvre, non seulement à elle-même, mais aussi à la Femme au bain de Rembrandt. Cependant, si la baigneuse avait les jambes écartées, la nymphe les gardait jointes ; si celle-ci était au bord de l'eau, l'autre y pénétrait jusqu'à mi-mollet. Comment surmonter cet obstacle ?

C'est ici qu'apparut l'extrême malléabilité de la méthode : une fois découpé le territoire d'une des œuvres en fines lamelles, il devenait perméable ; il suffisait de faire glisser judicieusement certaines lamelles pour créer un passage, un no man's land par lequel les liens profonds entre les deux tableaux, par-delà les frontières nées de leur dessin et de leur individualité propres, pouvaient s'exalter. (Pour les mêmes raisons, les pieds de la nymphe, superfétatoires, ont été éliminés.)

Généralisée, cette méthode se révèle un subterfuge pour neutraliser la contrainte par bords en opérant un mariage sans enfant1 et pourtant (faussement) harmonieux.

Ainsi traitée, la lamellisation prend la place du dégradé, du sfumato, du mélange optique cher à Seurat. Mais apparier n'importe quel couple de tableaux est faire preuve de laxisme. Il faut des motifs sérieux. On ne préconisera cette méthode que dans des circonstances floues : reflet dans l'eau, fumée, nuages, mirages, muse inspiratrice...