La Pictée

par Olivier O. Olivier


  • La Pictée d'Olivier O. Olivier exécutée par quelques profanes, 2004 .


  • Si le lecteur n'a pas reconnu le modèle original, qu'il se reporte à la solution page 223.

La Pictée consiste à décrire une peinture ou un dessin en termes non figuratifs à des participants qui en ignorent la nature. Cet exercice peut être pratiqué dans toutes les écoles des Beaux-Arts, de même que, dans les écoles primaires et les collèges, la dictée contribue à l'enseignement de l'orthographe. On peut le considérer aussi comme un genre littéraire1. Enfin, on peut le prendre comme un jeu.

On peut choisir de « dicter » un dessin compliqué, riche en nuances. La première pictée, proposée par mes soins à quatre membres de l'Oupeinpo, a suscité des dessins sans ressemblance avec le « modèle » ; seuls des yeux ont été à peu près reconstitués par les participants. D'ailleurs, le but n'était pas que les joueurs reproduisent le sujet proposé : il s'agissait plutôt de réaliser chacun une oeuvre différente.

Le 10 mai 2003, au Centre d'art de Marnay-sur-Seine (fondation Frank Ténot), Jacques Carelman a picté à vingt-cinq personnes un taureau de Picasso. Tout le monde a su le retrouver, sauf moi. Enfin, la Pictée originale a été refaite le 20 juillet 2004 à destination de profanes. On montre ici quelques échantillons du résultat. Il reste à étudier les dessins ainsi réalisés et à analyser les différences entre eux et avec le sujet de la pictée.



La Pictée d'Olivier



À un peu plus de la moitié du bord droit de la feuille, à un septième du haut de celle-ci, en sa partie supérieure, doublé pendant quelques centimètres, descend un trait, en oblique vers la gauche. Immédiatement au-dessous de lui, pas tout à fait parallèles, d'autres traits un peu plus fins rejoignent les premiers tracés vers le bas, vers leur extrémité.

Un trait fort part nettement vers le centre de la feuille et s'interrompt en quelques petites virgules. L'un de ces traits, très fin, va en arrondi vers la gauche, allant vers le bas du papier. À mi-parcours il est doublé par un trait momentanément interrompu à sa moitié. Dans la continuité du premier trait, l'un d'eux, plus appuyé, descend vers le bas sur quelques centimètres et s'interrompt après avoir quelque peu tourné à droite, après une cassure, depuis laquelle part une ligne (appelons-la A) qui, vite doublée de quelques hachures qui s'écartent de quelques centimètres en une très légère courbe, descend légèrement vers la droite, triple, et très noire, tourne vers la gauche, puis se perd dans une zone d'ombre rendue par de fines hachures rapprochées, orientées ouest-nord-ouest, zone d'ombre d'où s'élève un petit volume à peu près rond, quelque peu éclairé par le dessus. Un peu plus bas que la cassure déjà nommée part un trait qui va quelques millimètres vers le haut (nord-nord-est), part en courbe arrondie vers le haut, et un autre qui, lui, va directement vers l'est. Ils se rejoignent un peu plus loin sur la ligne légèrement triplée. Vers la moitié de cette dernière part un cercle dans lequel un gros point rond est marqué. Une courbe inverse de la précédente, partant du même point qu'elle, la rejoint sur la même ligne. À l'écart d'un tiers de millimètre, il y a une zone ombrée. Un petit trait arqué part presque de la ligne un peu triplée, déjà citée, et fait une courbe vers la gauche. À un demi-millimètre à gauche du point de départ des courbes délimitant la zone ombrée part une ligne souple descendante, parfois doublée, et même triplée, d'un trait plus léger. Elle descend en courbe vers la droite, puis, presque rectiligne, se casse, interrompt sa courbe et repart en arc de cercle vers la droite : après une ligne « droite mais souple », elle se perd dans une vaste zone d'ombre faite de hachures serrées, ouest-nord-ouest. Cette zone délimitée dans sa partie inférieure par cette courbe se dégrade sur sa partie nord-ouest.

À environ un centimètre de la première grande courbe du trait (A) s'étend une zone ombrée, bordée dans sa partie supérieure de quelques traits légèrement courbes et presque horizontaux, descendant cependant légèrement vers la droite. Sa partie inférieure est délimitée très nettement par un trait épais. Au-dessous d'elle, une zone claire d'un centimètre et demi de longueur, courbée vers le haut, est marquée de trois traits de peinture blanche. La partie inférieure de cette courbe est ombrée. Je dois décrire plus précisément la forme de sa découpe supérieure qui part vers la droite sur un millimètre, puis remonte en courbe et descend doucement sur deux centimètres. La partie inférieure a à peu près la même forme, légèrement plus petite. Un cercle dont le centre est marqué d'un gros point noir couvre la moitié droite d'une forme légèrement sombre presque semblable en sa partie supérieure à la zone claire marquée de traits de peinture blanche. Sa partie inférieure définit un arc de cercle de deux centimètres de long, sombre et bombé vers le bas.[...]

À partir de l'endroit indiqué au début de cette pictée, mais sur la gauche, un peu plus bas, part une ligne qui descend souplement vers la droite, longeant la zone de hachures serrées.

Un peu plus à droite, continuant la première ligne qui oblique vers la gauche, part une courbe, arrondie vers la droite, qui descend vers le milieu de la page, longeant les hachures, et remonte vers son point de départ. Au-dessous d'elle, diverses courbes montent vers la partie gauche de la feuille. L'une d'elles, à la courbe arrondie vers la droite, descend, se casse, puis remonte vers la gauche, soulignant la forme amorcée par les hachures.

Paris, mars 2001


1 C'est l'ekphrasis des anciens Grecs, genre littéraire consistant à décrire des oeuvres d'art. On connaît ainsi les Tableaux de Philostrate (iiie siècle de notre ère) ou, plus récentes (et imaginaires), les Peintures de Segalen.